Jean-Paul Belmondo, « vedette populaire » unanimement saluée, aura droit à un hommage national

Jean-Paul Belmondo, récompensé par un César d’honneur, est applaudi par des acteurs et actrices sur scène, le 24 février 2017, lors de la 42e cérémonie des Césars, Salle Pleyel, à Paris.

Dès l’annonce de la mort de Jean-Paul Belmondo, lundi 6 septembre, à l’âge de 88 ans à Paris, les réactions se sont multipliées pour rendre hommage à l’acteur aux soixante ans de carrière. Des paroles venues de ses amis du monde du cinéma mais pas seulement tant le comédien aux quatre-vingts films était aimé du public, comme en témoignent les très nombreux souvenirs, photos, vidéos et hommages partagés par ses fans sur les réseaux sociaux. Les chaînes de télévision ont modifié leurs programmes dès lundi soir pour permettre aux téléspectateurs de revoir le comédien, qui se disait fier d’être « une vedette populaire », de représenter « le franchouillard rigolard et démerdard » et dont plusieurs des films ont réalisé lors de leur sortie en salle plus de 4 millions d’entrées. TF1 a ainsi rediffusé Itinéraire d’un enfant gâté (1988), de Claude Lelouch, qui lui avait valu un César du meilleur acteur en 1989. Les autres chaînes ont misé sur d’autres de ses grands succès tels Le Magnifique (1973) ou Flic ou voyou (1979).

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« Jean-Paul s’est éteint aujourd’hui. Il est parti rejoindre ses vieux complices du Conservatoire. Son sourire sincère sera toujours là », a écrit sa famille dans un texte transmis à l’AFP, évoquant la disparition de son « pilier ». Parmi les acteurs de sa génération – beaucoup sont déjà morts –, c’est Alain Delon, 85 ans, avec qui « Bébel » avait débuté en 1958 dans Sois belle et tais-toi, de Marc Allégret, avant de le retrouver dans une demi-douzaine de films, qui s’est montré le plus bouleversé. « Je suis complètement anéanti, a-t-il déclaré, lundi, sur la chaîne CNews. Je vais essayer de m’accrocher pour ne pas faire la même chose que lui dans cinq heures. Remarquez, ce serait pas mal si on partait tous les deux ensemble. C’est une partie de ma vie. »

Alain Delon et Jean-Paul Belmondo (avec en arrière-plan, Madeleine Belmondo, la mère de l’acteur) lors d’une cérémonie pour la Légion d’honneur, en septembre 1980,  à l’Elysée à Paris.

Claudia Cardinale, sa partenaire notamment dans Cartouche (1962), de Philippe de Broca, s’est dite également « bouleversée » par la disparition de l’acteur. « Il était et restera pour moi comme pour tant d’autres, l’image même de la vitalité. Il ne cessera jamais d’être en mouvement dans mon cœur et dans ma mémoire », a confié l’actrice dans une déclaration transmise à l’AFP. Line Renaud a salué sur Twitter celui que les Français voyaient comme « un ami » : « Nous perdons tous un ami de toujours. Bébel était le héros extraordinaire de la France ordinaire et Jean-Paul, un homme courageux et fidèle, profondément sincère. Il était Vrai !!!!! »

Line Renaud, chanteuse et actrice : « Nous perdons tous un ami de toujours. Bébel était le héros extraordinaire de la France ordinaire et Jean-Paul, un homme courageux et fidèle, profondément sincère »

Les festivals de Cannes et de Venise ont aussi rendu hommage à l’acteur, qui y fut distingué. Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, qui lui avait remis, en 2011, une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, a déclaré sur Franceinfo : « On vivait avec ses films. Derrière l’acteur, il y avait un type bien. Il pouvait tout faire. Il avait quelque chose du p’tit gars d’à côté et en même temps c’était une star. » Et de rappeler, sur le compte Twitter du Festival : « Pour l’hommage 2011, les photographes avaient prévenu : “On va poser nos appareils sur les marches et ce sera pour l’applaudir.” Sa générosité d’homme et d’acteur a inventé parmi les plus grands moments de l’histoire du cinéma. Merci Jean-Paul. Adieu Magnifique. » La Mostra de Venise, qui se tient jusqu’à samedi, se rappelle, « avec grande affection et admiration, de l’acteur Jean-Paul Belmondo, icône du cinéma français et international, et premier interprète extraordinaire de l’esprit de modernité propre à la Nouvelle Vague. » En 2016, le festival italien lui avait décerné un Lion d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Des acteurs qui ont grandi avec ses films ont aussi tenu à réagir sur les réseaux sociaux. Guillaume Canet a ainsi écrit sur Instagram : « J’ai toujours voulu lui ressembler, j’ai grandi avec ses films que je regardais en boucle. » Jean Dujardin a posté ce message sur Instagram : « Tu vas me manquer… Tu vas tellement nous manquer. Merci Jean-Paul. » Nicolas Maury, interrogé par Le Monde, évoque, lui, la « modernité » de l’acteur : « Si j’en parlais, je parlerais de son nez, de sa peau, de son œil rond vif éclatant, de sa brillance de félin et de son pas mat de filou. Et puis je nommerais sûrement la beauté de son nez, et de sa voix qui se hisse dedans. Et puis son côté “acteur-monteur” : il se monte déjà quand il joue. C’est tellement moderne ses brisures, ses énergies contraires… et ce n’est pas que grâce à Godard. Les acteurs sont d’immenses cinéastes, parfois. » Pour l’actrice Marianne Denicourt : « C’était un acteur extraordinaire qui avait également une puissance physique et un vrai charisme. Ce qui est finalement assez rare. J’adorais sa gouaille et sa simplicité, et son côté aventurier. Je ne l’ai rencontré que malade mais il y avait une chaleur dans ses yeux, une tendresse merveilleuse. »

Réactions émues

Les hommages viennent aussi du monde du sport, à l’image de celui du boxeur Tony Yoka, qui parlait de sa passion avec celui qui débuta sur les rings comme il l’a dit à L’Equipe : « Il me parlait de ses souvenirs, me parlait de la liberté qu’il avait connue et vécue avec ses potes. Cette liberté, il l’incarnait dans sa vie et dans son jeu. »

A l’étranger, la disparition du comédien a aussi suscité des réactions émues. « C’est un triste jour pour la culture. Un grand acteur et une icône du cinéma français et européen nous a quittés », a réagi le comédien espagnol Antonio Banderas sur Twitter. L’Italien Toni Servillo a, lui, déclaré à l’AFP : « C’est un acteur qui a marqué la jeunesse de tant de générations, qui a marqué une participation précise à une période importante du cinéma français, qui a contribué à la formation de générations de réalisateurs, il suffit de se rappeler A bout de souffle. Il a énormément travaillé en Italie, où il a aussi connu des histoires d’amour importantes. C’est une perte qui rend très triste le monde du cinéma. » C’est d’ailleurs à la « star magnétique de la Nouvelle Vague française » que rend hommage le New York Times aux Etats-Unis. « Adieu Jean-Paul Belmondo » titre, en français, le quotidien allemand Bild, sur une photo de l’acteur.

L’Elysée a annoncé, mardi matin, qu’un hommage national serait rendu à Jean-Paul Belmondo, jeudi 9 septembre, aux Invalides. Auparavant, le président de la République avait salué le comédien sur Twitter : « Jean-Paul Belmondo était un trésor national, tout en panache et en éclats de rire, le verbe haut et le corps leste, héros sublime et figure familière, infatigable casse-cou et magicien des mots. En lui, nous nous retrouvions tous. » Emmanuel Macron avait décoré Jean-Paul Belmondo en novembre 2019 à l’Elysée, en le faisant grand officier de la Légion d’honneur. Deux ans plus tôt, en mai 2017, pendant sa dernière semaine à l’Elysée, François Hollande l’avait décoré des insignes de grand officier de l’ordre national du Mérite. De son côté, le premier ministre, Jean Castex, s’est déclaré « très triste » après la mort de celui qui était « vraiment une légende du cinéma français, un très grand symbole de notre patrimoine cinématographique ».