Jeff Bezos rêve d’envoyer l’humanité dans l’espace

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Publié aujourd’hui à 05h48

« La Terre n’est plus grande. L’humanité est grande. (…) Nous avons une demande toujours croissante d’énergie. Faire des progrès d’efficacité énergétique ne permettra pas de résoudre ce problème (…). Si vous prenez la demande actuelle, vous pouvez y répondre en couvrant tout le Nevada de panneaux solaires. (…) Mais, dans deux cents ans, il faudra couvrir la surface de toute la planète. Cela n’arrivera pas. »

Vue d’artiste d’une colonie spatiale, créée par Blue Origin et montrée par son fondateur Jeff Bezos, en mai 2019.

L’auteur de ce réquisitoire implacable n’est pas un écologiste radical. C’est Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, lancé, ce 9 mai 2019, dans une grande présentation, seul sur scène, un œil sur le prompteur. L’entrepreneur ne conclut pas non plus que, pour sauver la planète, il faut logiquement réduire la consommation d’énergie, voire opter pour la décroissance. « Nous avons le choix. Voulons-nous la stagnation et le rationnement ? Ou voulons-nous le dynamisme et la croissance ? C’est un choix facile », intime-t-il, rejetant l’idée que « nos petits-enfants puissent être les premiers à vivre des vies pires que la nôtre ». Mais que propose alors Jeff Bezos ? D’aller dans l’espace. « Si nous nous déplaçons dans le Système solaire, pour toutes nos activités courantes, nous avons des ressources illimitées. »

Jeff Bezos est très sérieux. Ce jour-là, au Centre de convention de Washington, il dévoilait à la presse un prototype de petit module destiné à se poser sur la Lune. Et samedi 12 juin, il met aux enchères un siège dans la fusée, qui, le 20 juillet, doit faire décoller les premiers touristes spatiaux de l’histoire. Lui-même vient d’annoncer vouloir faire partie du voyage, avec son petit frère Mark. L’espace est une des activités auxquelles l’homme le plus riche du monde souhaite se consacrer quand il aura quitté, le 5 juillet, son poste de PDG d’Amazon, le géant de l’e-commerce qu’il a fondé. Il a nommé son entreprise spatiale Blue Origin, pour rappeler demain aux humains qu’ils viennent de la « planète bleue ».

« Ce serait une civilisation incroyable »

Qu’entend M. Bezos, quand il parle de vivre et travailler dans l’espace ? Le 9 mai 2019, il exposait ainsi son grand dessein : il rêve d’un « trillion d’humains » et aussi de « mille Mozart, mille Einstein, mille de Vinci ». « Ce serait une civilisation incroyable », se réjouit-il. Où vivraient les gens ? Dans des « colonies spatiales » de « plusieurs kilomètres de long », qui flotteraient en orbite et « pourraient accueillir, chacune, un million d’habitants ou plus », se projette M. Bezos. Derrière lui défilent des illustrations. On y voit une vieille grange en bois du Midwest et une belle université, dans une imaginaire vallée verte, traversée par un autorail ultramoderne et bordée au loin de gratte-ciel. Un toit de verre coiffe le paysage, dont l’horizon se courbe à perte de vue.

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