Jeux paralympiques : oui, « le sport peut accélérer l’inclusion des personnes handicapées »

Tribune. Dimanche 5 septembre se clôturent les Jeux paralympiques de Tokyo 2020, événement sportif planétaire, à la fois universel et singulier. La France peut être fière de ses para-athlètes, qui ont remporté plus d’une cinquantaine de médailles.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le pointait dans son dernier baromètre : en dehors des Jeux paralympiques, les personnes en situation de handicap ont une part de visibilité audiovisuelle qui n’atteint pas 1 %. Tous les quatre ans, cette compétition internationale s’accompagne d’une forte médiatisation des athlètes handisport et de leurs performances exceptionnelles. L’événement est évidemment une occasion pour le grand public de découvrir nos athlètes handisport et, à travers eux, ce dont les personnes en situation de handicap sont capables, à force de courage, d’entraînement, de persévérance…

Si les para-athlètes sont particulièrement inspirants, c’est parce qu’ils sont de grands sportifs, avant d’être porteurs d’un handicap. Et cette année, le Comité international paralympique l’a bien compris. J’en prends pour preuve le message porté par la campagne #WeThe15 : nul besoin de les héroïser, mais plutôt de les honorer à la hauteur de leurs exploits, nul besoin de les différencier, mais de les distinguer pour leurs victoires, nul besoin de les plaindre, mais de célébrer leurs efforts et leurs performances.

D’abord sortir de l’invisibilité

Pour les personnes en situation de handicap, athlètes ou non, sortir de l’invisibilité est une première étape, essentielle. Pour faire bouger les lignes et donner les mêmes droits et opportunités aux personnes handicapées qu’à l’ensemble de la population, le sport est un formidable vecteur qui peut faire changer le regard et soutenir l’inclusion réelle et durable des personnes handicapées. Car, aujourd’hui, cette inclusion est insuffisante.

Entretien : Marie-Amélie Le Fur : « Paris 2024, un catalyseur pour changer la place du parasport dans la société »

Certes, des améliorations s’observent et doivent être saluées, notamment sur le volet de l’insertion professionnelle. En 2021, le nombre de demandeurs d’emploi en situation de handicap recule de 2,2 %. En 2020, près d’un million de personnes handicapées occupaient un emploi, plus de 80 % des entreprises privées de vingt salariés et plus employaient au moins un salarié handicapé, et près de 265 000 personnes en situation de handicap travaillaient dans la fonction publique.

Mais le handicap est toujours la première cause de discrimination pour accéder à l’emploi, comme le rappelle la Défenseure des droits, et le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois plus élevé que pour l’ensemble des demandeurs d’emploi. Récemment, sous l’effet de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques et sociales, l’état de santé mentale des publics handicapés s’est détérioré, comme l’a montré une enquête Agefiph-IFOP en 2020.

Le constat est clair : les 12 millions de Français en situation de handicap méritent mieux. Ils sont en droit d’exiger les mêmes droits, les mêmes accès, les mêmes horizons professionnels que leurs concitoyens. Il est temps.

Normaliser la différence dans le cadre professionnel

Le monde du travail est un vecteur essentiel pour que l’inclusion des personnes en situation de handicap soit une réalité. L’ouverture de l’emploi aux personnes handicapées contribue à normaliser, et même à valoriser, la différence dans le cadre professionnel. Nous nous y employons chaque jour à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapés (Agefiph).

Tatyana McFadden célèbre la victoire des Etats-Unis dans le relais 4 x 100 mètres aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 3 septembre.

Notre ambition doit mobiliser toutes les énergies, dans tous les champs de la société, particulièrement les plus visibles d’entre eux. Le sport, parce qu’il concerne chacun d’entre nous, et avec sa capacité à mobiliser les attentions et les enthousiasmes, a évidemment un rôle essentiel à jouer.

L’organisation des Jeux olympiques et paralympiques en 2024 à Paris constitue une formidable opportunité pour faire bouger les lignes et créer un élan vers une inclusion durable et totale des personnes en situation de handicap. La Ville de Paris porte d’ores et déjà l’ambition de faire de la capitale une ville résolument inclusive et accessible.

Ces prochains Jeux peuvent être activateurs de progrès et défendre la conviction que la réelle prise en compte du handicap est un pari gagnant à tous points de vue : au-delà des éventuelles contraintes, le handicap peut être un atout, une opportunité de mieux faire et d’agir pour l’égalité des chances, un vecteur d’innovation, un facteur de progrès pour la société tout entière.

L’Agefiph travaille déjà avec la Fédération française handisport et le comité d’organisation de Paris 2024 pour amplifier l’élan qu’apporteront les Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Qu’attendez-vous, comme de nombreuses entreprises l’ont déjà fait, pour nous rejoindre ?

Malika Bouchehioua est présidente de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapés (Agefiph).

La championne paralympique Marie-Amélie Le Fur sera l’invitée du Festival du « Monde » et participera à une conversation organisée en partenariat avec l’Agefiph, samedi 25 septembre à 9 h 30, au cinéma MK2 Bibliothèque. Les places sont disponibles ici.

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