Jim O’Neill : « Le concept des BRIC disait que la domination économique américaine ne continuerait pas »

Jim O’Neill, ancien économiste en chef de Goldman Sachs, a été l’inventeur en 2001 de l’acronyme BRIC (pour Brésil, Russie, Inde, Chine), pariant sur l’envolée de ces pays émergents. En 2011, l’Afrique du Sud est rajoutée à ce groupe, qui devient ainsi BRICS. Vingt ans plus tard, il constate le succès très mitigé de trois des quatre pays.

En 2001, comment inventez-vous le concept des BRIC ?

Je venais de devenir chef économiste de Goldman Sachs et je cherchais à imposer ma marque, à apporter une vision. J’avais été très impressionné par la façon dont la Chine avait joué un rôle subtil pour mettre fin à la crise financière asiatique de 1998. Et puis, le 11 septembre 2001, le World Trade Center, à New York a été attaqué, alors que j’étais justement dans ces tours deux jours plus tôt. Rapidement, je me suis dit : la domination américaine du monde ne va pas continuer. C’est ainsi que le 30 novembre, j’ai lancé cet acronyme, BRIC.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La Fed anticipe un rebond économique spectaculaire aux Etats-Unis

Le concept a-t-il immédiatement attiré l’attention ?

Non, pas du tout. Ce n’est qu’en 2003 qu’il a vraiment intéressé. A ce moment-là, on a publié une étude affirmant que le PIB des BRIC dépasserait celui des six premières économies mondiales [Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France et Italie] d’ici à 2050. Ça a très rapidement intéressé en interne à Goldman Sachs. Puis, le président d’Ikea m’a dit que cela avait façonné sa stratégie. Stephen Schwarzman [cofondateur de Blackstone, une société d’investissement] en a ensuite recommandé la lecture. Toute la communauté des affaires s’est emparée du concept et ça a fait boule de neige.

Pendant la première décennie, jusqu’en 2010, votre prédiction semblait se réaliser…

Ces quatre pays ont en effet connu une croissance qui a suivi le scénario anticipé. Avant même 2010, le Brésil était devenu la septième économie au monde, la Chine avait dépassé le Japon… Le G20 était aussi devenu un groupe très important, en grande partie parce que les BRIC avaient beaucoup grandi. Un premier « sommet des BRIC » avait été organisé en Russie en 2009. Je n’en revenais pas : ces leaders mondiaux avaient créé un club basé sur un acronyme que j’avais inventé ! Mais dix ans plus tard, on se rend compte que ce club est plus symbolique qu’autre chose.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le grand bond en arrière des pays émergents, forcés de réajuster leur « stratégie d’insertion dans l’économie mondiale »

Vingt ans après l’invention de l’acronyme, vos prédictions ne se vérifient-elles plus du tout ?

Oui et non. Le Brésil et la Russie ont effectivement connu une décennie catastrophique [depuis 2010]. Après avoir fortement augmenté, le poids de leur PIB dans l’économie mondiale est revenu à son niveau de 2001. Pour ces deux pays, la trajectoire a été celle d’immenses montagnes russes. Peut-être que j’aurais dû appeler le club les « IC » [Inde et Chine] ou même juste le « C ».

Il vous reste 50.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.