« J’me suis acheté tout “Stone Ocean” sans me ruiner » : et le Pass culture devint le Pass mangas

Ils sont d’abord arrivés au compte-gouttes. Depuis quelques mois, des librairies voyaient des nouveaux clients, des jeunes qui venaient récupérer des mangas qu’ils avaient réservés en ligne, par l’intermédiaire du Pass culture, dispositif leur accordant 300 euros à dépenser, alors en test dans 14 départements. Avec sa généralisation à toute la France, le 21 mai, des dizaines de librairies voient leur métier se transformer sous l’influence de ces visiteurs.

« Faut pas se désoler qu’ils lisent des mangas. Faut se rappeler qu’avant, à cet âge-là, ils s’arrêtaient de lire. » Un vendeur de la librairie La Planète Dessin à Paris

Devenus magasiniers de mangas, ils ont surnommé le Pass culture le « Pass manga », les BD japonaises représentant désormais jusqu’à deux tiers des réservations. Voilà des piles de mangas qu’on installe sous les étagères pour avoir du ravitaillement sous la main. Dans les Fnac comme chez les libraires indépendants, les rayons mangas ont été dévalisés, avec des trous jamais vus jusque-là.

Tiraillés entre aubaine et curiosité, les vendeurs rencontrent, amusés, cette nouvelle tribu, qui ne leur demande jamais les titres d’auteurs passés à « La Grande Librairie ». « Faut pas se désoler qu’ils lisent des mangas, rappelle un vendeur de la librairie La Planète Dessin à Paris. Faut se rappeler qu’avant, à cet âge-là, ils s’arrêtaient de lire. »

A quoi on les reconnaît

Quand ils ont eu 18 ans, ils ne se sont pas dit qu’ils allaient pouvoir voter mais qu’ils avaient accès au Pass culture. Ils ont compris ce qu’ils pourraient en faire en voyant une photo, postée par un copain, de tous les tomes qu’il venait de se procurer. Après avoir dépensé 4 euros pour vérifier que ça marche, ils se demandent que faire avec le reste du pactole. Ils aiment l’idée d’acheter « tous les tomes » d’un manga. Ils annulent leurs réservations dès qu’ils trouvent une autre aubaine.

Ils vont chercher leurs livres dans des librairies où ils n’avaient jamais mis les pieds auparavant, sont contents de discuter avec le vendeur du rayon BD qui leur explique qu’ils ne sont pas tenus d’utiliser la plateforme Pass culture pour réserver leurs livres mais qu’ils peuvent aussi circuler dans les rayons pour chercher ce qu’ils pourraient s’offrir.

Ils n’achètent pas de littérature, mais, à côté de douze tomes de mangas, commandent aussi des livres mi-business, mi-développement personnel comme Power. Les 48 lois du pouvoir, de Daniel Green, de la poésie féministe type Lait et miel, de Rupi Kaur, laissant les libraires se demander par quel canal de prescription ces best-sellers quasi inconnus chez eux arrivent jusqu’à ces gamins.

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