Joël Favreau : « Brassens est un chanteur de jazz »

Brassens, Pierre Nicolas (contrebasse) et Joël Favreau (guitare) à Sète, lors de l’émission « Escale en Languedoc », diffusée en juillet 1981.

Alors que lui-même vient d’avoir 82 ans, le guitariste Joël Favreau ne goûte guère le « fétichisme arithmétique décimal » des anniversaires. Surtout s’agissant de Georges Brassens, dont on célèbre en octobre à la fois le centenaire de la naissance et les quarante ans de la disparition. « Il va y avoir des spectacles de circonstance, des gens qui brusquement s’y intéressent et les médias s’aperçoivent de mon existence car je suis le dernier à avoir joué avec lui…  », lâche-t-il d’emblée.

Mais celui qui offrit à partir de 1972 un contre-chant instrumental à un verbe à la fois châtié et cru ne rechignera pas à évoquer l’aspect souvent négligé du monument : le musicien – et non le poète à pipe et moustache.

Favreau interprète en effet Brassens sans relâche, auquel il a consacré trois albums de reprises. Il en a orchestré un quatrième (Chantons Brassens, en 1992) qui réunissait Francis Cabrel, Renaud, Françoise Hardy, Manu Dibango ou Alain Souchon. Auteur encore du livre Quelques notes avec Brassens (L’Archipel, 2017), le musicien prolonge aujourd’hui l’hommage en reprenant Salut Brassens, son duo avec l’accordéoniste Rodrigue Fernandes.

A-t-on sous-estimé chez Brassens le musicien ?

Dans Le Pluriel, il écrit : « Tout aussi musicien que vous, tas de bruiteurs ! » Pour avoir parcouru ses chansons dans tous les sens, je peux dire qu’il avait autant le sens de la formule musicale que de la littéraire. Il savait mettre les mots et les notes qui vont bien ensemble et revendiquait ce talent. Je le soupçonne de coquetterie quand il dit que les musiques doivent se faire oublier car il les avait drôlement travaillées. Les Passantes, c’est une musique qui reste alors que le texte n’est pas de lui, mais d’Antoine Pol.

C’est un auteur de standards de jazz. Brel remarquait que ce n’est pas un hasard si Sidney Bechet a repris ses musiques. Il savait la musique sans l’écrire. Pour Les Passantes, il a dit à Pierre Nicolas [son contrebassiste] : « Je veux que tu me fasses cette note. » C’était un fa dièse, un renversement de l’accord de ré. A la guitare, il avait une rythmique d’acier, ça ne bougeait pas, et là-dessus il se baladait car c’est aussi un chanteur de jazz. Ce que montre bien Elegie à un rat de cave, enregistré avec Moustache et Les Petits Français.

Quand l’entendez-vous pour la première fois ?

A l’entracte au Studio Parnasse, un cinéma d’art et d’essai. Je devais avoir 13-14 ans et je n’avais même pas encore de tourne-disque. J’avais fait sept ans de piano et j’ai trouvé les accords tout seul sur une guitare que mon frère m’a laissé lui voler.

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