John Galliano : « Il y a trop de vêtements dans le monde »

John Galliano, au siège de Maison Margiela, à Paris, en 2018.

« Cinquante vies en une ! », c’est ainsi que John Galliano désigne la sienne. A 60 ans, l’ancien enfant terrible de la mode britannique a en effet vécu plusieurs mues. Né à Gibraltar, élevé à Londres, il sort diplômé de la prestigieuse école Central Saint Martins en 1984. Au cours de la décennie suivante, il est l’un des espoirs de la mode le plus en vue. Ses créations théâtrales et flamboyantes le font venir à Paris, en 1995, chez Givenchy, avant de prendre la direction artistique de la maison Dior, en 1996. C’est au sein de cet écrin parisien que sa personnalité éclôt à travers des collections grandioses, servies par des défilés non moins spectaculaires.

En 2011, c’est la chute. Il est filmé à la terrasse d’un café parisien, prononçant des injures à caractère antisémite et raciste, pour lesquelles il sera condamné à 6 000 euros d’amende, et démis de ses fonctions chez Dior.  « L’antisémitisme et le racisme n’ont pas de place dans notre société. Je présente mes excuses sans réserve si ma conduite a pu choquer », déclare-t-il à l’AFP quelques jours après les faits. Il admet ses addictions à l’alcool et aux médicaments, fait son mea culpa dans les médias, se soigne et se met en retrait pendant trois ans. Renzo Rosso lui offre en 2014 la position de directeur artistique de Maison Margiela, racheté en 2002. Un retour salvateur pour lui, qui n’a rien perdu de son talent dramatique.

On le rencontre dans les locaux de la marque, un ancien couvent du 11e arrondissement de Paris. Habillé sobrement d’un bermuda et d’un pull sombre, John Galliano, qui a la parole rare, montre quelques signes de nervosité. Autour de lui, un bureau à son image, baroque et lyrique. Aux murs peints en noir, de grandes photos – une de Keith Richards par Peter Lindbergh, une autre de Kurt Cobain – ou encore ses croquis d’étudiant.

Vous présentez votre collection Artisanal par le biais d’un film imaginé avec le cinéaste Olivier Dahan. L’exercice vous a-t-il plu ?

J’ai dû accepter le fait que la manière dont nous allions présenter nos collections pendant cette pandémie allait forcément être différente. Il était important pour moi et pour les équipes d’aller de l’avant. Ce film accentue tout ce que Maison Margiela représente stylistiquement, mais également le côté artisanal de notre processus créatif. J’aime l’idée de partager cela avec la jeune génération.

Vos collections et vos défilés ont toujours été construits en partant d’une histoire. Le film est un medium idéal pour cela…

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