Johnson & Johnson va cesser de vendre des opiacés aux Etats-Unis

Un bâtiment de Johnson & Johnson, à Irvine, en Californie (Etats-Unis), le 24 janvier 2017.

Le laboratoire américain était accusé depuis de nombreuses années d’alimenter la dépendance de milliers de personnes : Johnson & Johnson va finalement suspendre ses ventes d’opiacés aux Etats-Unis, ainsi que l’a annoncé samedi 25 juin la procureure générale de New York, Letitia James. Cette décision intervient à l’issue d’un règlement de 230 millions de dollars avec l’État de New York.

L’accord, trouvé à New York, épargne à J & J un procès à Long Island, mais le groupe reste confronté à d’autres procédures judiciaires à l’échelle nationale (un procès est en cours en Californie, par exemple). Mme James a précisé par voie de communiqué que le groupe étalerait le paiement des 230 millions de dollars sur neuf ans. Le laboratoire pourrait également avoir à payer 30 millions de dollars de plus la première année, si la nouvelle législation visant à créer un fonds de règlement des opiacés se voit promulguer par la chambre exécutive de l’Etat.

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« L’épidémie d’opiacés a fait des ravages dans d’innombrables communautés de l’Etat de New York et du reste du pays, laissant des millions de personnes toujours dépendantes à ces produits, qui sont dangereux, voire mortels », a par ailleurs déclaré la procureure dans le communiqué.

« Johnson & Johnson a contribué à alimenter cette crise, mais, aujourd’hui, la firme s’engage à quitter le secteur des opiacés, non seulement à New York, mais dans tout le pays », a ajouté Mme James. Dès lors, J & J ne fabriquera ni ne vendra plus d’opiacés aux États-Unis.

Financer la prévention

Les 230 millions de dollars doivent permettre de financer les efforts de prévention, de traitement et d’éducation aux dangers que présentent ces substances dans l’Etat de New York.

Johnson & Johnson, Purdue, ainsi que d’autres laboratoires et distributeurs pharmaceutiques sont accusés d’avoir encouragé les médecins à surprescrire ces médicaments – initialement réservés aux patients atteints de cancers particulièrement graves – alors même qu’ils savaient que ces derniers généraient une grave dépendance.

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A partir de 1999, l’état de dépendance qui était le leur a poussé de nombreux consommateurs de ces médicaments à s’administrer des doses de plus en plus fortes ou à opter pour des drogues illicites telles que l’héroïne et le fentanyl, un opiacé de synthèse extrêmement puissant ayant fait drastiquement augmenter le nombre d’overdoses fatales à travers le pays. Depuis lors, on estime à 500 000 le nombre de personnes qui sont mortes d’une overdose aux Etats-Unis.

Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies, principales agences de santé publique du pays, avancent le chiffre de 90 000 décès par surdose de drogue pour la seule année 2020. Les trois quarts d’entre eux impliquaient des opiacés.

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Le Monde avec AFP