Josiane Balasko, itinéraire d’une enfant des boulevards

Josiane Balasko, à l’hôtel Les Jardins du Faubourg, à Paris, le 29 septembre 2021.

« La vie est un jeu. Un jeu cruel, mais un jeu. » On partage un coin de parapluie avec Josiane Balasko dans l’encoignure d’une porte cochère en regardant tomber la pluie. Un jeu cruel ? Pour toute explication, elle montre du bras le monde qui s’affaire. Devant nous : la vie. Derrière : un théâtre sur le boulevard, où, à 71 ans, elle continue de se réfugier, montant chaque soir sur scène dans une nouvelle pièce qu’elle a écrite : Un chalet à Gstaad.

Nous tirons sur nos mégots. Deux paquets par jour, tout de même, rit-elle. « Mais je crapote, je n’avale pas la fumée, je tire dessus. Sauf que, bien sûr, il y en a qui entre », relativise celle dont le père est décédé d’un cancer du poumon lorsqu’elle avait 14 ans. Josiane Balasko fume, s’enfile un paquet de cacahuètes, se ronge les ongles (« Le jour où j’ai arrêté, je me suis mise à m’arracher les cheveux. Somme toute, je me suis dit qu’il valait mieux n’avoir pas d’ongles qu’être chauve. »). Tout plutôt que de succomber à la peur.

« Ce qu’il y a de formidable au théâtre, c’est qu’on arrive avec un mal de crâne, on se dit qu’on ne va pas pouvoir jouer, et puis on le fait, et le mal disparaît en jouant. C’est la thérapie du théâtre… » Elle soupire. « Mon angoisse, c’est de faire un infarctus sur scène. Je ne peux pas leur faire ça. »

Pas d’inquiétude : l’actrice a du ressort. Cinquante ans de carrière, une centaine de longs-métrages, mélange iconoclaste de cinéma populaire (un quart de sa filmographie a dépassé le million de spectateurs) et de films d’auteur, dont le joli Tralala, comédie musicale des frères Larrieu, ou La Pièce rapportée, d’Antonin Peretjatko, attendu début décembre. « Ça raconte que je survis, résume-t-elle d’une moue joyeuse. Que je tiens le choc. Je ne suis pas trop liftée, pas trop botoxée, on peut encore me prendre pour une femme de 65 ans, si vous voyez ce que je veux dire. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Avec « Tralala », leur film chanté, les frères Larrieu font des miracles à Lourdes

Banlieue rouge

La Nathalie des Bronzés, la pharmacienne de Papy fait de la résistance a été l’inoubliable tombeuse de Trop belle pour toi, la lesbienne séductrice de Gazon maudit ou la concierge acariâtre du Hérisson. Elle a été Duras, Dolto, sera bientôt – si le projet se fait – Angela Merkel pour Thierry Lhermitte… Sans compter les huit films et quelques pièces qu’elle a signés… « Ben oui, c’est ça être actrice, c’est de la schizophrénie contrôlée. Et puis, si je ne fais rien, je m’emmerde. En bistrot, il faut toujours essuyer un verre, même quand il est archipropre. »

Josiane Balasko : « Le bistrot, c’est un spectacle. Les gens y font des entrées comme au théâtre »

Il vous reste 80.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.