Joy Crookes, la nouvelle voix soul de Londres

Joy Crookes, en mai 2021, à Londres.

Il y a longtemps que Londres ne s’était pas trouvé une égérie. Il semble que dix ans après la mort tragique de la chanteuse Amy Winehouse, figure du quartier de Camden Town, voix soul chavirée dans les abîmes du crack et de l’alcool, la capitale anglaise vibre à nouveau pour une de ses enfants, mais cette fois-ci des quartiers sud. Joy Crookes, 23 ans, est le fruit de son cosmopolitisme. De mère bangladaise et père irlandais, la jeune femme a publié un premier album, Skin, vendredi 15 octobre, et remporte depuis un beau succès populaire et critique outre-Manche.

Dans ses treize morceaux, elle raconte sa vie dans son quartier d’Elephant and Castle, et son histoire avec son ex-petit ami, devenu gay après leur histoire d’amour vécue à Brixton. Elle emmène les auditeurs au dix-neuvième étage de la tour où vit désormais sa grand-mère bangladaise, arrivée à la fin des années 1970 dans la capitale anglaise après un passage par l’Iran. Enfin, forte de l’éducation punk de son père, grand collectionneur de vinyles, elle porte un regard sévère sur la politique du gouvernement conservateur de Boris Johnson dans plusieurs chansons dont Kingdom et Feet Don’t Fail Me Now.

Joy Crookes n’est en effet pas Amy Winehouse, même si parfois sa voix peut avoir les intonations de son aînée. Rencontrée lors d’un passage à Paris, excédée par les embouteillages, la chanteuse allume une cigarette pour se calmer et nuance : « Me comparer à Amy est un très beau compliment, assure-t-elle, mais ma voix a plus été formée par celles de Billie Holiday ou de Nina Simone, des chanteuses noires. Je crois d’ailleurs qu’Amy a aussi été influencée par elles. »

Elle reconnaît en revanche partager la même quête d’amour absolu : « C’est quelque chose que nous avons en commun, sauf que pour elle, cela a été évidemment plus douloureux, car seulement tourné vers ses relations amoureuses. Je parle aussi de l’amour familial, de la couleur de ma peau, de la manière dont le monde me voit en tant que métisse, moi et mes semblables. On voudrait plus d’amour mais il n’y en a pas. »

Différentes communautés

Son histoire débute par une jolie rencontre : sa mère tient une petite entreprise de restauration et livre des sandwichs dans des sociétés, dont celle de son futur mari, ingénieur. Joy Crookes grandit dans une famille où personne ne joue d’instrument, mais le paternel passe des disques en permanence sur sa platine. Elle se nourrit aussi des clips sur MTV (Massive Attack, Metronomy…) et de la musique des différentes communautés de son quartier (jamaïcaine, colombienne), de celles de ses parents : « Ce que j’aime dans la musique bengali et irlandaise, résume-t-elle, c’est qu’elles sont toutes les deux des musiques contestataires où la poésie et la littérature tiennent une place importante. »

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