Joyce Carol Oates, David Diop, Chimamanda Ngozi Adichie… Nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

Le nouveau roman de la grande Joyce Carol Oates, variation ébouriffante sur l’air du temps. Une plongée dans L’Enéide, de Virgile, épopée de la crise et de la résistance, par Andrea Marcolongo. Le nouveau roman de David Diop, ou l’amour au temps de l’esclavage. Les notes de Chimamanda Ngozi Adichie sur son deuil du père. L’affrontement séculaire avec le mal à l’état pur, chez Jérémy Fel. L’histoire, telle qu’elle fut et telle qu’elle se fait, traverse les livres de la semaine, et les emporte dans son souffle.

ROMAN. « La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles », de Joyce Carol Oates

Enorme saga empruntant son titre à un poème de Walt Whitman (1819-1892), La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles est un des grands romans de Joyce Carol Oates. C’est l’affaire George Floyd qui lui fournit son point de départ, mais les situations sont inversées. Un Blanc est à terre : John Earle McClaren, un notable, et c’est lui qui mourra. Sans son patriarche, la famille McClaren est décapitée. Oates montre les cinq enfants réagissant chacun à leur manière, en fonction de leurs options politiques, de leurs conjoints, de leurs ambitions, de leurs secrets… Et Jessalyn, la mère si stoïque, si effacée… mais qui va se relever/révéler aux deux tiers du roman.

Cinq enfants, un disparu, une veuve, cela donne sept fils narratifs. Oates les tresse en se nourrissant de sa propre expérience – lorsque, après la mort de son premier mari, Raymond Smith, en 2008, l’écrivaine entreprit de consigner ses « mémoires de veuvage » dans le magistral J’ai réussi à rester en vie (Philippe Rey, 2011). La grande romancière américaine confectionne ainsi un vaste patchwork aux points de vue sans cesse changeants. Ou elle joue avec l’air du temps comme peu savent le faire. Florence Noiville

« La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles » (Night. Sleep. Death. The Stars), de Joyce Carol Oates.

ESSAI. « L’Art de résister », d’Andrea Marcolongo

Il n’a pas choisi ce qui lui arrive. Fugitif échappant à sa patrie détruite, Enée ne sait d’abord où se réfugier, ni quel sera son parcours. Il décide malgré tout de ne jamais céder, de se relever à chaque chute. Et de garder le cap sur un avenir qu’il ne verra peut-être pas. Sa grandeur : « Savoir être un chêne au cœur de la tempête », écrit Andrea Marcolongo.

Héros malgré lui, il n’est admirable que par sa fermeté, son obstination, son endurance. Au premier regard, rien d’excitant. Mais sa résistance opiniâtre se révèle vitale quand souffle le vent de l’histoire et que les ouragans se déchaînent. On peut songer à ce que disait le philosophe Vladimir Jankélévitch dans un autre contexte : « Il ne s’agit pas d’être sublime, mais fidèle et sérieux. »

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