Jul réunit (presque) tout le rap français pour son « Classico Organisé »

Après le succès de sa compilation 13’Organisé, en octobre 2020, le rappeur marseillais Jul reprend l’idée d’un album collectif en proposant, cette fois-ci, aux « MC » de sa ville de rencontrer leurs collègues parisiens. Une sorte de classico OM-PSG version rap, justement annoncé par Jul de la dernière rencontre entre les deux équipes, le 24 octobre au stade Vélodrome. Mais alors qu’un match de football dure 90 minutes, le triple CD, qui regroupe 157 artistes (dont seulement cinq femmes), joue les prolongations avec près de trois heures de musique. Intitulé Le Classico Organisé, il est sorti vendredi 5 novembre.

Le rappeur avait déjà démontré qu’il était capable de fédérer toute la scène marseillaise. Avec ce projet dont beaucoup rêvaient depuis les débuts d’IAM et de NTM, il prouve qu’il est capable de rassembler bien au-delà de son fief. Sa personnalité de « gentil man » comme il s’autoproclame dans le titre Mauvais garçon, et ses productions atypiques ont séduit jusqu’aux plus durs des Parisiens : Lacrim, Kaaris, Rohff… Sur ce disque, il y a aussi quelques revenants du rap de rue des années 2000 comme LIM, de Boulogne-Billancourt, et Mac Kregor, du groupe Tandem, dont le titre 93 Hardcore reste un classique du rap parisien.

Quelques poids lourds manquent à l’appel

Cependant, il manque quelques stars, un peu comme si le PSG jouait sans Messi, Neymar ni Mbappé. Nekfeu n’est pas sorti de sa retraite, Booba, qui a encouragé en coulisses Jul à ses débuts, est absent ainsi que les poids lourds Orelsan, Niska et Ninho qui, tous trois, sortent leur nouvel album en novembre. Les intérêts commerciaux priment bien sûr sur l’unité. Le duo de PNL, lui, toujours resté à l’écart de tout projet collectif, est resté fidèle à lui-même. Mais, globalement, Jul a bien réussi son pari.

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Il réunit ainsi sur les trente titres plusieurs générations, plusieurs styles, de la pop urbaine de Gims et Soprano au rap décalé d’Alkpote, des rookies du moment Guy2Bezbar et Gazo au rap des années 1990 très stylisé d’Arsenik, de Youssoupha ou d’Oxmo Puccino. Ce dernier retrouve d’ailleurs son passé de freestyleur de la grande époque de Time Bomb sur le titre Légendaire, un des meilleurs moments de ce disque, qui fait se rencontrer SCH, Rim-K du 113, Soprano, Lino et Calbo d’Arsenik et R.E.D.K. Plus de sept rappeurs sur un même morceau qui enchaînent des punchlines.

C’est ce rythme soutenu que propose d’ailleurs Jul sur tout le disque, ce qui, sur la durée, peut devenir indigeste. Il y a heureusement ces moments magiques comme Les Galactiques, très sombre, et L’Elégance, où Jul s’essaie à un rap plus mélodique presque nostalgique avant de retrouver ses ambiances de soirées en discothèque, comme sur le très entêtant Relaxx, entre house, raï et disco et où le jeune Bimbim rappe très justement : « C’est le foutoir comme dans Mad Max ». Autre formule qui risque d’avoir du succès dans les cours de récréation ou les manifestations anti passe, le désinvolte « Nique sa grand-mère, le passe sanitaire » de Sysa, première signature du label OM Records.

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