Karima, la breakeuse entêtée

Karima Khelifi, le 23 juillet 2021, à Mayotte, pour l’association Hip Hop Evolution.

Karima Khelifi donne rendez-vous au fort d’Aubervilliers, là où, il y a presque quarante ans, les danseurs hip-hop en France se réunissaient pour mettre au point leurs premières chorégraphies. En 2024, le breakdance, l’expression la plus acrobatique des danses hip-hop, qui se pratique au sol, sera une des disciplines des Jeux olympiques prévus à Paris. Karima, membre de la compagnie Aktuel Force, a été l’une des premières femmes en France à maîtriser cette danse athlétique. Deux jours après notre rencontre, elle prendra l’avion pour Mayotte où elle travaille depuis 2017 avec une association de « b-girls ». Leur histoire fait écho à la sienne, elle, une Française de Seine-Saint-Denis, originaire d’Algérie, « neuvième d’une fratrie de douze enfants ». Son émancipation, elle l’a gagnée grâce au hip-hop, au breakdance et à son caractère bien trempé.

Karima Khelifi est née à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en 1969. Ses parents sont arrivés six ans plus tôt d’un petit village d’Algérie, M’Sila, à côté de Sétif, et habitent encore dans un bidonville de Stains. Karima y vivra les neuf premiers mois de sa vie : « Je suis fière de raconter ça, reconnaît-elle. Mon père, éboueur, était considéré comme riche car c’était le seul qui avait un poêle. » En 1981, elle vit encore avec sa famille dans une cité « en contreplaqué » à La Courneuve. « C’est l’année de la mort de Bob Marley et l’arrivée des socialistes, se souvient-elle. Au collège, je voyais nos professeurs heureux, on ne comprenait pas pourquoi. Apparemment, on avait gagné, mais quoi, je ne savais pas. Pour ma part, j’avais été tellement traumatisée par les ratonnades que j’avais pris allemand en première langue. Je me disais : “Si je me fais embêter, je parlerai allemand, ils me laisseront partir.” »

Karima, danseuse : « La danse n’a pas été innée chez moi, l’expression corporelle est dérangeante »

A la Fête de L’Humanité en 1982 – « la sortie familiale au parc de La Courneuve » –, elle se rappelle avoir rencontré au stand antillais Gabin Nuissier, le fondateur d’Aktuel Force, l’un des chorégraphes les plus importants du breakdance dans le monde et son futur compagnon. En 1983, son père, Belkacem, devient ferrailleur et la famille emménage dans un immeuble en dur au Franc-Moisin, à Saint-Denis : « Quand j’ouvrais ma fenêtre, se remémore-t-elle, je voyais des jeunes danser en bas de chez moi. Je ne sais pas pourquoi ça me rendait heureuse et je voulais que ce sentiment se prolonge. Seulement, ma mère avec sa culture maghrébine ne me laissait pas sortir. »

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