Karl Fournier et Olivier Marty, un couple d’architectes à cheval sur la Méditerranée

Karl Fournier (à gauche) et Olivier Marty.

Ils vivent entre la Corse et Paris et ont ouvert une agence au Maroc, où ils ont dessiné le Musée Yves Saint Laurent, à Marrakech. A la tête de Studio KO, les architectes Karl Fournier et Olivier Marty cultivent un fort tropisme méditerranéen. C’est donc naturellement que le festival Design Parade de Toulon a fait appel à eux pour présider le jury de son concours d’architecture intérieure.

En prime, le couple livre tout l’été sa vision du Sud dans un appartement réalisé dans l’ancien évêché de la cité varoise. Cette carte blanche les a d’abord déstabilisés… « Nous ne sommes pas habitués à travailler sans cahier des charges », avance le tandem, qui a imaginé un client fictif pour fixer un cadre. Pour autant, il n’est pas question ici d’un vrai lieu de vie. « On assume d’avoir dessiné un décor, on ne voulait pas faire croire à un appartement alors qu’il s’agit d’une exposition », explique Olivier Marty.

Souvenirs d’étés flamboyants

Comme muse pour guider ce projet, ils ont convoqué l’artiste surréaliste Léonor Fini (1908-1996), qui mettait en scène le moindre moment de sa vie. « Tous les étés, de 1957 à 1980, elle louait un couvent en ruine en bas de chez nous, à Nonza, en Corse, où elle recevait ses amis. Ils passaient leurs vacances à confectionner des costumes pour son anniversaire. Lorsque j’ai visité l’ancien évêché de Toulon, j’ai immédiatement pensé à elle et à ce lieu », détaille Karl Fournier. « Nous sommes très sensibles à l’évocation de la Méditerranée portée par cette femme : à la fois surréaliste, sombre et empreinte d’une sorte de gravité », poursuit son associé.

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Dans l’exposition, on retrouve donc des souvenirs de ces étés flamboyants, comme la robe plissée et une coiffe immense de l’artiste, ou la porte de sa chambre, qu’elle avait peinte d’un diable. Au-delà de l’hommage à cette figure tutélaire, ce sera l’occasion de partager avec le public le souvenir d’autres mentors qui ont marqué le duo, tel Jean-Louis Froment, personnage haut en couleur du monde de l’art contemporain, « qui bouge chaque jour les objets et œuvres de sa maison, réinventant ainsi son quotidien grâce à un jeu de compositions. Nous allons reprendre ce principe en faisant converser des objets créés pour l’exposition avec d’autres que nous avions déjà ».

« Notre imaginaire a été nourri d’une foule de détails vernaculaires, qui font la spécificité de notre architecture. Une pierre, une fontaine… » Karl Fournier

A Design Parade, les présidents du jury d’architecture ont aussi dû sélectionner dix finalistes parmi les centaines de projets reçus, pour les exposer dans un autre espace de l’ancien évêché. Une tâche qui les a replongés dans leur jeunesse. « C’est bizarre de se dire que nous avons aujourd’hui une parole d’aînés face à la nouvelle génération. Cela nous a ramenés vingt et un ans en arrière, au moment où l’on montait notre boîte. C’était juste après nos études d’architecture à l’Ecole des beaux-arts de Paris, là où l’on s’est rencontrés… »

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