Katinka Bock et Toni Grand, coup de foudre aux Jacobins

Katinka Bock, au couvent des Jacobins, à Toulouse, le 15 septembre.

Il a fallu « embrasser le défi » : invitée à exposer dans le somptueux réfectoire du couvent des Jacobins, Katinka Bock a dû jouer de mille contraintes. Ne rien accrocher, ne rien suspendre, ne pas s’appuyer : tout faire pour ne pas blesser le monument gothique. « Mais j’aime les contraintes, techniques et spatiales », rassure la sculptrice allemande, qui vit entre Paris et Berlin.

D’une grande pureté, son installation est tel « un paysage à la Chirico, qu’habitent des structures architecturales et des objets étranges ». Dès l’entrée, on l’embrasse d’un regard, de plein fouet, avant de tourner autour, « comme dans un cloître ». En figure de proue, une esquisse de visage, géométrique, taillée dans le bois, fend l’espace comme une lame. Elle est posée sur une colonne de bronze, vigie « au sommet de la montagne, mais presque mutilée, sur une seule jambe ». Un trou perce son profil : cerclé de cuivre, il attire comme un aimant la lumière qui tombe des vitraux. Ces détails infimes et précieux font le sel de cette œuvre sans concession.

Carpe et anguilles

Mais l’exposition s’intitule « Pas de deux » : Christian Bernard, directeur artistique du Printemps de septembre, a eu l’idée de faire dialoguer Katinka Bock avec le sculpteur Toni Grand, disparu en 2005. « Je me suis souvenu que, lors de ma première visite de son atelier, j’avais remarqué sur un radiateur un catalogue de Toni Grand, évoque-t-il. Elle m’avait alors expliqué combien cette découverte l’avait nourrie. » Pari réussi : les harmoniques sont parfaits entre les deux univers. « Toni Grand est complètement inconnu en Allemagne, je n’en ai jamais entendu parler durant mes études, mais son influence reste grande pour des artistes français de ma génération, raconte-t-elle. Christian a compris qu’on aurait des choses à se dire. Il a listé les nombreuses œuvres de Grand dans les collections publiques, et il m’a dit : “Comme à La Redoute, tu peux choisir !” » En clin d’œil à ce souvenir, l’artiste a posé sur un radiateur une petite carpe de bronze, au fond du réfectoire, là où se trouvait l’âtre. « Toni Grand était fasciné par les anguilles, qui reviennent souvent dans son œuvre, comme moi qui travaille beaucoup autour des poissons, leur unité de forme, toujours différente : c’est un de nos points de rencontre. »

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Pour affronter le volume de cet espace de 15 mètres de haut, Katinka Bock s’est refusée à tout monumental. Elle a préféré jouer des flux d’énergie qui le traversent. « Les bâtiments religieux sont souvent les plus hauts dans une ville, ils sont comme des capteurs d’énergie, de l’espace, de l’univers. » Elle a donc posé au sol un long paratonnerre, qui serpente d’une œuvre à l’autre, et encercle la mise en scène de ce dialogue. Les barres de métal pliées de Grand, « avec leur magnifique géométrie hasardeuse », jouent avec les anguilles de céramique que Bock a déposées au sol, en suspens sur une porte de verre. Son tunnel de résine, zébré de beige et de noir, répond aux céramiques dont elle a le secret, enveloppes d’objets qui ont disparu à la cuisson, pour ne laisser qu’un vide. « L’emballage, c’est un autre thème qui nous unit. »

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