Ken Loach : « Un match de football ne suit pas les règles habituelles du drame »

Le réalisateur Ken Loach au Festival de Cannes, durant la conférence de presse à propos du film « Sorry We Missed You », le 17 mai 2019.

A 85 ans, Ken Loach garde une passion intacte pour le football, souvent présent dans son œuvre. Le réalisateur anglais, double lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes (2006 et 2016), la raconte au Monde avant la finale de l’Euro 2021, prévue au stade Wembley, à Londres, le 11 juillet.

Comme les demi-finales, la finale de l’Euro 2021 se tiendra à Londres. Serez-vous au stade ?

Probablement pas. J’écoute souvent les matchs à la radio. Et les gros matchs, je suis très heureux de les suivre à la télévision. Mais moi-même je n’ai pas d’abonnement à Sky ou à d’autres chaînes où il faut payer. Je ne veux pas donner d’argent à [Rupert] Murdoch ou à la presse qu’il détient. En fait, regarder le match dans un bar peut être une belle solution : à la fois parce que vous avez la sensation de la foule et parce que vous voyez bien le jeu. Dans les grands stades, vous vous trouvez trop loin de la pelouse.

Prenez-vous plus de plaisir devant un match ou devant un film ?

Devant un match, je pense. Disons qu’entre un match moyen et un film moyen, le match sera mieux ! Avec le film, vous savez comment il se terminera. Pour le match, vous ne pouvez jamais le prédire. Votre équipe peut mener au score jusque dans les dernières minutes… puis vivre un désastre. Un match ne suit pas les règles habituelles du drame. Bien sûr, lorsqu’ils atteignent un très haut niveau, lorsque le cinéma offre une merveilleuse expérience, certains films transcendent aussi ces règles.

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Quand vous encouragez le Bath City FC, en sixième division nationale, vous regardez les matchs debout plutôt qu’assis ?

Oui, chaque fois je suis debout, c’est bien mieux, plus motivant. Regarder un match assis, c’est plus passif. J’aime aller voir au stade les matchs de ces divisions inférieures. Pas besoin d’arriver deux heures à l’avance. Vous pouvez être beaucoup plus près de la pelouse, et à la mi-temps, vous pouvez changer de côté pour suivre votre équipe, qui attaque de l’autre côté du terrain. Selon moi, il s’agit d’une expérience beaucoup plus forte.

Comment apprécier le football professionnel et l’Euro tout en critiquant, comme dans vos films, les effets du capitalisme ?

Un bon sens de l’humour peut aider. Apprécier l’ironie aussi. Mais il faut aussi se souvenir que le football n’est pas appelé le beautiful game [« le beau jeu »] pour rien. Regarder de grands joueurs, regarder leur technique, reste quelque chose d’exquis. Quand un joueur est brillant, j’ai toujours du plaisir à observer son imagination, son intuition.

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