« Klara et le soleil », « Rien ne t’appartient », « Madame Hayat »… Nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

La rentrée littéraire tourne à plein régime et cette semaine, « Le Monde des livres » recommande des livres étrangers : ainsi le nouveau et éblouissant roman du grand Britannique Kazuo Ishiguro ; une histoire douloureuse et douce contée par la Mauricienne Nathacha Appanah ; le portrait d’une femme bouleversante par l’écrivain turc, récemment sorti de prison, Ahmet Altan ; un roman de la montagne et des montagnards signé de l’Italien Paolo Cognetti ; et, enfin, le récit très autobiographique que l’Ecosso-Américain Douglas Stuart fait de sa jeunesse à Glasgow.

ROMAN. « Klara et le soleil », de Kazuo Ishiguro

Dans la boutique où fait fureur le commerce des « AA », ces « amis artificiels » que les parents offrent à leurs enfants, Klara espère que quelqu’un vienne, comme cette adolescente qui entre avec sa mère, l’observe, lui sourit. L’AA est achetée. Et, passant d’un carré à l’autre, elle se retrouve dans une maison isolée, où cette Josie vit avec sa mère. Klara va se mêler à la vie des deux femmes avec le dévouement entêté propre à ces êtres conçus pour aimer l’espèce humaine sans mesure. La protéger, aussi, l’empêcher de mourir ; sauver Josie, que ronge un mal inconnu.

Il y a dans le mélange d’ingéniosité et de maladresse que Klara va déployer en se jetant au secours de « son » adolescente un concentré de ce qui fait de chaque livre de Kazuo Ishiguro une aventure littéraire unique. Encore « littéraire » est-il vague : le Prix Nobel de littérature 2017 est sans doute le plus stupéfiant romancier expérimental de notre temps, mais il n’expérimente pas une forme ; il fabrique des états de conscience, immerge son lecteur dans un flux mental inattendu, et c’est lui, le lecteur, qui est au bout du compte l’objet de l’expérience.

Klara n’est pas une allégorie. Chaque étape de ses raisonnements et de ses actions égale ce que nous sommes nous-mêmes capables de penser et de faire. Mais que voulez-vous ? Elle s’est persuadée que le soleil pouvait sauver Josie, si on l’implorait. Quand elle croit découvrir, par une fenêtre, l’endroit précis où il se couche, comment ne voudrait-elle pas y descendre, un soir, pour lui délivrer sa prière ? Nous sommes tous des AA impuissants, de pieux robots qui veulent une réponse. Qu’elle ne vienne pas et nous inventons autre chose, comme l’opiniâtre Klara.

Et le lecteur-cobaye la suit, indissolublement attaché à elle par la puissance narrative et l’exactitude émotionnelle de Kazuo Ishiguro, qui embarque les uns et les autres vers un autre monde : la conscience humaine, telle que seuls les très grands romanciers peuvent la révéler à elle-même, comme inconnue. Florent Georgesco

Il vous reste 66.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.