« La barrière majeure d’accès aux soins bucco-dentaires est financière »

Tribune. Un truculent voyage en santé publique bucco-dentaire à travers une succession d’anecdotes qui font rire, frémir ou rugir : ainsi apparaît le livre d’Olivier Cyran, Sur les dents. Ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale (La Découverte, 20 €). Il en reste ce constat essentiel : dans notre pays existent de grandes difficultés d’accès aux soins dentaires. L’auteur est parti à l’assaut d’une hydre à 43 000 têtes (celle des chirurgiens-dentistes voleurs et tortionnaires sadiques) qui terrorise les populations précaires.

Ce faisant, il minimise la gravité de la situation et renforce la défiance des usagers par rapport aux soins. Ce n’était pas nécessaire. Le système a fait un effort considérable avec la réforme 100 % santé [offres de lunettes, de prothèses dentaires et auditives avec un « reste à charge zéro »], mais il subsiste le problème de l’accès aux soins précoces des personnes les plus éloignées du système de santé : car on s’en défie, mais on en ignore tout – ou presque.

L’heure est grave : plus d’un Français sur six déclare avoir renoncé aux soins dentaires alors qu’il en avait besoin. Ce chiffre ne tient pas compte de ceux qui souffrent sans même penser qu’un dentiste pourrait les soulager. Le renoncement aux soins dentaires ne touche pas seulement les plus pauvres, mais aussi les classes moyennes. Et, bien sûr, cela suit un gradient social.

En relation avec sa situation socio-économique

Dans notre pays, une personne aura un moins bon état de santé si elle a une situation socio-économique défavorable. Ce n’est pas seulement inégalitaire, c’est injuste et inéquitable. Et c’est particulièrement rageant en santé orale, puisque de nombreuses pathologies bucco-dentaires sont évitables. La barrière majeure d’accès aux soins est financière. Le renoncement est le plus souvent associé à des soins prothétiques, pour lesquels il existe des dépassements d’honoraires.

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Parfois, cela repose juste sur une appréhension des coûts, car le dentiste est réputé onéreux. Pourtant, il existe maintenant une offre très large de soins dentaires pris en charge par les assurances santé. La campagne de solvabilisation des usagers face aux soins combine l’obligation pour les salariés de la couverture santé complémentaire et la réforme 100 % santé. Ces développements sont porteurs d’espoir concernant l’accès aux soins dentaires.

La régulation tarifaire oppose des soins simples, avec un « reste à charge zéro » (prévention et carie), et des soins plus complexes, que le patient finance. Ce système est censé inciter aux soins précoces, mais participe à l’amplification des inégalités sociales de santé. Car devinez qui a le plus besoin des soins non pris en charge ? Les « sans-dents ».

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