La belle fin des Editions de Fallois

L’éditeur Bernard de Fallois, à Paris, en 1987.

Joël Dicker a-t-il tué les Editions de Fallois ? La dépêche publiée le 12 octobre laissait peu de place au doute : « Les Editions de Fallois annoncent leur cessation d’activité après le départ de Joël Dicker », écrivait l’Agence France Presse. Pourtant, à discuter avec les principaux protagonistes, l’affaire apparaît vite plus complexe. Elle se révèle même assez éloignée de ce grand classique de la vie éditoriale : l’effondrement d’une maison d’édition quand son auteur vedette l’abandonne.

En réalité, si Joël Dicker avait bel et bien annoncé en mars qu’il allait créer sa propre structure et y publier ses prochains livres, et si la maison d’édition fondée en 1987 par Bernard de Fallois (1926-2018) indiquait dans un communiqué qu’elle fermerait boutique le 31 décembre 2021, ces deux faits ne se présentent pas dans cet ordre.

Olivier Nora, le PDG des éditions Grasset, actionnaires de De Fallois à hauteur de 34 %, s’en amuse : « Ce n’est pas le départ de Joël Dicker qui entraîne la fermeture. C’est l’inverse. Quand, en 2020, Dicker a choisi de publier chez De Fallois son nouveau roman, L’Enigme de la chambre 622, il a fait durer la maison au-delà de ce que Bernard prévoyait. » Car, ajoute-t-il, « nous savions depuis toujours qu’il voulait que sa maison ferme après sa mort ».

Un codicille au testament de l’éditeur

C’est ce que confirment tous les proches qui ont accepté de témoigner, l’économiste Jean-Claude Casanova, son ami pendant plus de soixante ans, comme l’ancien directeur du Livre de poche, Dominique Goust, devenu PDG de De Fallois à la mort du fondateur, ou l’avocat Marc Mermoz, son exécuteur testamentaire – et Joël Dicker lui-même. Au demeurant, un codicille au testament de l’éditeur a conféré à ce désir l’autorité d’une dernière volonté. « Pour le cas où je disparaîtrais avant d’avoir mis fin à la société d’édition, je remercie maître Marc Mermoz et Dominique Goust (…) d’avoir accepté de procéder en mon lieu et place à toutes les opérations nécessaires », écrivait Bernard de Fallois.

Aussi bien Dominique Goust a-t-il estimé ne pas avoir le choix. « Je suis arrivé avec mission de veiller à ce que la fermeture se passe dans les meilleures conditions », explique-t-il, à l’instar de Marc Mermoz, qui précise : « Bernard de Fallois entendait, en particulier pour le personnel, que cela se déroule sans brutalité. » L’un et l’autre soulignent le fait que le testament n’imposait aucun délai, mais il était clair pour tout le monde que cela devait être rapide. « Dans les deux ans », estime Olivier Nora. « Et puis, raconte Dominique Goust, Joël Dicker est arrivé avec ce nouveau projet. »

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