La chanteuse HollySiz : « Il y a sur l’île de Cuba une pulsion de vie qui m’a fascinée »

Cette photo d’HollySiz a été prise en 2015 à Cuba par son amie, la photographe Shelby Duncan.

« A l’époque de cette photo, en décembre 2015, j’avais emménagé à New York pour écrire mon deuxième album. Cela ne m’empêchait pas de rêver de Cuba depuis très longtemps. J’avais vu le film Buena Vista Social Club avec mon père et il m’avait bouleversée par son rapport à la danse, à la longévité. J’avais fantasmé sur cet âge d’or resté figé et sur ces hommes qui se retrouvaient avec une joie intacte. Et puis, de nombreux amis me disaient que Cuba était leur plus beau voyage…

Alors, malgré l’embargo, je me suis lancée et je me suis envolée pour le Panama, puis à La Havane, où j’ai retrouvé une bande d’amis. J’étais logée chez la tante d’un ami percussionniste. Chez elle, j’ai découvert la misère dans un décorum magnifique : des appartements ornés de moulures mais sans robinet qui fonctionne, des gens très éduqués qui faisaient la manche, un vieux monsieur qui écoutait tranquillement de la musique sur un transistor devant sa maison totalement délabrée, une culture très riche et, en même temps, l’empreinte très forte des Etats-Unis. Dès le premier soir, tous mes codes d’Européenne ont explosé. Des choses qui nous paraissent acquises peuvent avoir beaucoup de valeur pour d’autres.

« A l’heure où les gens googlisent directement leurs nouvelles connaissances, j’ai redécouvert la pureté des rencontres inopinées. »

Le lendemain soir, je devais retrouver un ami dans un bar du centre-ville. Comme je n’avais pas de téléphone, j’étais injoignable. Je suis partie sans application de cartographie et, pendant les vingt minutes qu’a duré le trajet, j’ai retrouvé les sensations de ma jeunesse : je ne connaissais personne, je n’avais pas de téléphone portable… J’ai ressenti une liberté incroyable.

A l’heure où les gens googlisent directement leurs nouvelles connaissances, j’ai redécouvert la pureté des rencontres inopinées. Dans des fêtes de la bourgeoisie locale où j’étais embarquée, dans des bus où je partageais mon siège avec des poules… J’étais divisée entre cette réalité hors du temps et ce que vit sur place mon ami cubain qui, par exemple, n’est pas autorisé à voyager avec une étrangère. Ce voyage m’a fait prendre conscience de ce qui est essentiel dans la vie. Il y a sur cette île une pulsion de vie qui m’a fascinée.

Cette photo a été prise un soir où je traînais avec ma bande de potes. Nous avions envie de danser et avons dû traverser la ville dans ce taxi avec mon amie, la photographe Shelby Duncan. Au moment de sortir de la vieille Ford, on a eu l’impression d’être déjà en boîte de nuit. Le chauffeur avait placé de la gélatine bleue sur l’ampoule intérieure et le sound system déversait sa salsa à plein volume. C’était le moment le plus drôle de cette soirée. Après mon expérience cubaine, j’ai voyagé différemment. Ce séjour m’a appris à sortir des sentiers battus, à oser prendre les chemins de traverse. »

Thank You All I’m Fine, de HollySiz (Rather Than Talking/Hamburger Records).