La collection « “Histoire de France”, de Jules Michelet ». « Henri IV et Richelieu »

« Histoire de France. Henri IV et Richelieu », de Jules Michelet, collection « Le Monde », en vente chez les marchands de journaux, 10 €.

Tout portrait tient d’un récit. Celui que Jules Michelet (1798-1874) brosse du XVIIe siècle, du legs d’Henri IV en 1610 à la France de Richelieu et de Louis XIII, déroule un drame verdien dont les actes s’écrivent en relief et en creux. Henri IV et Richelieu (paru en 1857) restitue les épisodes aussi décisifs que transitoires d’une Histoire de France au carrefour de son destin.

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De la disparition subite de Gabrielle d’Estrée au siège de la Rochelle, Michelet présente un diagnostic critique de l’Etat et des bouleversements du « royaume d’après » qui s’installe à la suite du règne du « Bon roi », soudain réhabilité. En relief : les faits désignant une géopolitique soumise à l’empire catholique espagnol. En creux : l’esprit du dessein qui la sous-tend. C’est l’amorce absolutiste de la monarchie fondée sur l’influence d’un clergé qui modèle et contrôle les consciences. C’est, pour le scrupuleux archiviste qui puise aux sources – dans les données comptables de la démographie et du commerce, les correspondances d’Henri IV, les Mémoires de Sully et de Richelieu – un XVIIe siècle stérile, contraint dans une rivalité d’intérêts qui opposent la France aux Provinces-Unies et à l’Angleterre.

Conservatisme catholique

Aussi, disséquant un à un les mythes du Grand siècle, Michelet livre de la société du XVIIsiècle un implacable réquisitoire, à contre-courant des auteurs romantiques. Douze des vingt-quatre chapitres de son récit, consacrés à Henri IV, mettent en lumière la potentielle ouverture et la réconciliation manquée de la France avec les Huguenots, révélant le conservatisme catholique qui s’y substitua. Dans un XIXe siècle chahuté entre monarchie et république, arc-bouté sur son souvenir de la Révolution, Michelet pointe l’origine des rigidités et des influences d’une société élitiste, d’une conscience de classe dominante, d’un ordre social figé que les libéraux voudraient immuable. Il dénonce l’esprit réactionnaire qui divise et segmente la nation.

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Dès lors, faisant du XVIIe siècle une période obscure, son récit s’appuie sur la mort suspecte de Gabrielle d’Estrée avant une possible union qui aurait pu permettre à Henri IV de réconcilier la monarchie et la nation.

Pour lui, le Moyen Age aura enfanté la Révolution, l’esprit de liberté inhérent au protestantisme aura préfiguré 1789 que le règne de Louis XIV aura nourri. « Le despotisme a engendré la liberté », rappelle Paule Petitier dans sa préface de l’édition du Monde. Ainsi, de la mort d’une chance historique à une France « retournée comme un gant » par Richelieu, Michelet interroge l’histoire elle-même. Visionnaire, son analogie vaudrait-elle pour le XXIe siècle ?

Retrouvez la collection « “Histoire de France” : le chef-d’œuvre de Jules Michelet » publiée par « Le Monde » sur le site qui lui est consacré : Collection-michelet.fr