La Commission européenne va devoir décider si le nucléaire est une énergie « verte »

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, à Bruxelles, le 27 octobre.

Réunis à Bruxelles, les 21 et 22 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont pressé la Commission de décider, d’ici à la fin novembre, du sort qui serait réservé au nucléaire et au gaz dans la taxonomie, ce classement des activités économiques en fonction de leurs émissions de CO2 et de leurs conséquences sur l’environnement. De la décision de l’exécutif communautaire de considérer – ou pas – que l’atome est une énergie « verte » et le gaz une énergie de transition (sous certaines conditions) dépendra la capacité de ces deux secteurs à financer leurs futurs investissements.

La flambée des prix de l’énergie a donné des arguments à Paris, qui ne cesse de rappeler les mérites du nucléaire : une énergie bon marché, zéro carbone et stable. Et milite pour qu’il obtienne le tampon vert de la Commission, malgré la question des déchets, qui n’est toujours pas réglée et qui pèse sur l’environnement. Dans ce combat, la France peut compter sur le soutien des pays attachés au nucléaire. Mais pas seulement. Une alliance de circonstance s’est nouée entre les tenants de l’atome et ceux du gaz, qui, comme la Pologne, ont besoin de cette énergie pour sortir du charbon.

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Aujourd’hui, la Roumanie, la République tchèque, la Finlande, la Slovaquie, la Croatie, la Slovénie, la Bulgarie, la Pologne et la Hongrie se sont rangées derrière les arguments de Paris. Les Pays-Bas, l’Estonie, l’Irlande et la Grèce sont sur la voie de le faire. Restent l’Autriche et le Luxembourg, viscéralement antinucléaires. Et surtout l’Allemagne. En matière strictement juridique, ces trois pays ne peuvent pas s’opposer à la Commission, si elle décide que le nucléaire est une énergie propre – pour cela, il faut une majorité qualifiée.

Compliqué politiquement

Mais, politiquement, cela reste compliqué pour l’Allemande Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, d’aller contre Berlin. D’autant que plusieurs de ses commissaires, au premier rang desquels le vice-président Frans Timmermans, sont ouvertement hostiles à l’atome. « D’une certaine manière, c’est plus facile pour la Commission de passer outre l’opposition de l’Allemagne aujourd’hui. Le prochain gouvernement, avec les Verts dans la coalition, sera encore plus opposé au nucléaire que l’actuel », analyse un diplomate.

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Par ailleurs, les Européens ne peuvent pas balayer la question aussi facilement, dans la mesure où d’autres pays, comme le Royaume-Uni, les Etats Unis ou la Chine, travaillent aussi à l’élaboration de leur taxonomie et qu’ils comptent imposer leurs standards. Dans cette lutte d’influence, la perspective de voir Vienne ou Luxembourg attaquer en justice le classement européen, si le nucléaire devait être considéré comme une énergie verte, n’est pas de nature à rassurer les investisseurs, attachés à la stabilité juridique.

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