« La communauté internationale doit affirmer son rejet de la classe politique libanaise »

Des proches des victimes de l’explosion du 4 août 2020 dans le port de la ville, à Beyrouth, le 4 juillet 2021.

« Crise humanitaire », selon l’ONU ; « une des pires crises économiques de l’histoire moderne », selon la Banque mondiale ; « le Titanic sans l’orchestre », selon Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, dans une interview au Figaro du 14 décembre 2020… Voilà un moment qu’institutions et médias internationaux rivalisent de formules alarmistes sur le Liban. Si celles-ci reflètent l’urgence de la situation – après la dévaluation vertigineuse de la livre et l’hyperinflation ayant entraîné une pauvreté galopante, le pays est désormais confronté à des pénuries d’essence, d’électricité et de médicaments –, elles ont l’effet pervers de présenter cette crise comme un fléau inéluctable. Cette rhétorique « dépolitise » : elle occulte verbalement la dimension politique d’une situation qui est le fruit de choix effectués par les classes dirigeantes ; elle sous-entend que la crise libanaise serait d’ordre technique ou humanitaire alors qu’elle est fondamentalement politique.

Lire aussi : Un an après l’explosion du port de Beyrouth, l’enquête patine et tout un peuple, à bout de nerfs, réclame vérité et justice

Technique, d’abord : l’incurie des dirigeants est lue comme un « manque de compétences » ; on parle de « crise financière » ou de « crise socio-économique » qu’il faut surmonter grâce à des « mesures de bonne gouvernance » ou de « lutte contre la corruption ». Humanitaire, ensuite : le Liban est transformé en objet de charité, comme l’illustrent les aides d’urgence. Alors qu’une nouvelle conférence internationale sur le Liban, avec l’appui de l’ONU, est organisée par le président Emmanuel Macron mercredi 4 août, un an exactement après l’explosion du port de Beyrouth, les germes de cette approche ont été plantés lors des précédentes conférences de Paris, Londres et Bruxelles, dont les promesses inachevées résonnent désormais comme de tristes litanies, symboles de l’inanité d’un système d’aide à bout de souffle.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Beyrouth, la tour Skyline, « symbole de l’horreur du 4 août »

Officiellement, la communauté internationale attend toujours la formation d’un gouvernement et la mise en place de réformes. Attitude de déni : près d’un an après la démission du gouvernement, cette formation achoppe toujours sur des querelles de portefeuilles, et Saad Hariri, désigné premier ministre en octobre 2020, a finalement jeté l’éponge, le 15 juillet. Dans un contexte aussi délétère, chaque marque supplémentaire de confiance accordée aux élites contribue directement à la paupérisation de la population.

Distribuer les pertes de manière équitable

Il vous reste 60.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.