« La communion qui vient » ou comment être catholique en politique

Livre. Que signifie l’engagement politique lorsque l’on est catholique ? Est-ce que cela implique de voter pour un candidat qui se revendique comme tel ? Est-ce se positionner à l’avant-garde des combats bioéthiques dans le sillage de La Manif pour tous ? Est-ce défendre l’identité chrétienne de la France contre un supposé islam conquérant ?

Paul Colrat, Foucauld Giuliani et Anne Waeles sont professeurs de philosophie et membres actifs des cafés associatifs Le Dorothy et Le Simone, lesquels ont pour ambition d’expérimenter collectivement les Evangiles dans la vie laïque. Pour eux, s’engager politiquement consiste à mener le plus radicalement possible la vie chrétienne. Loin des calculs politiciens et des combats de circonstance, être catholique est déjà en soi une manière d’agir dans la polis. Comme l’avait écrit le sociologue et théologien Jacques Ellul, « le christianisme ne fournit aucune justification du pouvoir politique », il est bien plutôt une façon d’œuvrer dans les marges. « Il [le chrétien] aborde la politique par son dehors – il fait de la politique comme s’il n’en faisait pas », soulignent les auteurs, qui encouragent le développement d’un esprit paroissien.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? », de Guillaume Cuchet : en dernier recours

Et des paroisses, ils en ont déjà établi, sur un mode laïque, à travers les initiatives que représentent Le Dorothy et Le Simone : artistes et artisans dans des ateliers partagés, cercles de réflexion, soutien aux migrants (cours de français, hébergement d’urgence). A leurs yeux, il ne faut pas céder aux sirènes de la dépolitisation : il y a toujours une manière proprement chrétienne, c’est-à-dire fraternelle et universelle, d’agir politiquement.

Ne pas se tromper de bataille

Ceux qui ironisent sur l’attitude du Bon Samaritain, soi-disant complice de l’« islamo-gauchisme » et de l’« immigrationisme », doivent être dénoncés : « Nous écrivons pour exposer comment nous comprenons la vie chrétienne, pour lutter contre les mensonges qui la défigurent, mensonges qui nous révoltent ou qui nous font exploser de rire. » Parmi ces mensonges, il y a cette idée, répandue aujourd’hui, que le christianisme serait une « identité ». Or, comme le rappelle Simone Weil (1909-1943), forte source d’inspiration pour les auteurs : « Sauf erreur, il n’a jamais été dit que le Christ soit mort pour sauver des nations. » Le combat pour défendre « les racines chrétiennes de la France » ou les chrétiens d’Orient est une dérive identitaire qui contrevient au message originel du Christ.

L’islamophobie apparaît également comme un mal qui frappe aujourd’hui de nombreux chrétiens, angoissés par le fantasme du « grand remplacement ». « Comme si la foi d’autres personnes pouvait menacer la nôtre ! C’est avoir une bien petite idée de notre foi. C’est même ne plus avoir foi ou confiance : c’est se victimiser », insistent les « paroissiens », qui ne veulent pas se tromper de bataille.

Il vous reste 18.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.