La compagnie d’électricité grecque connaît une privatisation houleuse

Une station de recharge de voitures électriques sur l’île d’Astypaléa (Grèce), le 2 juin 2021.

Dans le centre d’Athènes, devant les bureaux centraux du fournisseur public d’électricité (DEI), un panneau est déployé sur la devanture : « Pas touche à DEI ! » Le 19 octobre, l’assemblée générale extraordinaire du groupe a acté la baisse de la participation de l’Etat, qui va passer de 51 % à 34 % à la faveur d’une augmentation de capital de 750 millions d’euros. L’Etat devient donc minoritaire. Une décision historique en Grèce.

Cette annonce intervient alors que, dans le même temps, la direction de DEI a décidé de vendre 49 % du capital du réseau de distribution de l’électricité, Hellenic Electricity Distribution Network Operator (Hedno), à la société australienne Macquarie Asset Management pour 2,1 milliards d’euros. Cette vente, qui doit être finalisée au premier trimestre 2022, financera en partie le plan d’investissement de plus de 2 milliards d’euros destiné au développement des énergies renouvelables et à la modernisation du réseau, notamment sur les îles.

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DEI est aujourd’hui le plus important fournisseur d’électricité en Grèce, il détient près de 63 % du marché, le reste appartenant à différentes sociétés privées qui ont fleuri ces dernières années. Depuis la crise financière, Bruxelles demande à Athènes de réduire le poids de DEI sur le marché national de l’énergie et de mener à bien la privatisation prévue par les mémorandums signés entre les gouvernements grecs qui se sont succédé depuis 2012 et les créanciers du pays (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international). Mais entre les fortes oppositions et le lourd endettement de l’entreprise, la procédure a pris du retard.

« Lutter contre la précarité énergétique »

En mars, l’Union européenne (UE) a ouvert une enquête formelle, « afin d’évaluer les éventuels comportements abusifs » du fournisseur public dans le secteur de l’électricité de gros. La Grèce s’est classée parmi les pays les plus chers de l’UE pour les tarifs appliqués sur le marché de gros de l’électricité, atteignant jusqu’à 178 euros le mégawattheure (MWh) en octobre (+ 70 % depuis le début de l’année). La Confédération des professionnels, artisans et commerçants avait déjà alerté le gouvernement sur la difficulté pour les entreprises de faire face à cette charge, affirmant qu’une personne sur quatre ne peut pas payer ses factures.

Le syndicat principal des employés de la compagnie d’électricité (Genop) estime que la décision de l’Etat de devenir minoritaire « va entraîner la perte de la plus grande entreprise industrielle du pays ». « Le contrôle public est nécessaire pour empêcher les augmentations incontrôlées des prix de l’électricité pour les ménages et les entreprises. DEI est la seule garantie pour lutter contre la précarité énergétique », renchérit le président de la Genop, George Adamidis.

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