« La conjoncture et ses retombées auront amené Emmanuel Macron à ouvrir en grand les vannes budgétaires en cette fin de quinquennat »

Chronique. La politique est l’art de l’adaptation. Emmanuel Macron en sait quelque chose : il a assuré qu’il ferait « jusqu’au dernier quart d’heure » œuvre utile de sa dernière année de quinquennat. Mais à cinq mois du scrutin présidentiel, et alors que sa candidature n’est pas encore officialisée, les plans du chef de l’Etat ne cessent d’être contrariés.

Contraint de mettre la sourdine sur la réforme des retraites au seuil de l’été, insatisfait de la copie initiale du plan d’investissement, qui a finalement été décalé d’un mois et présenté mi-octobre, le locataire de l’Elysée pensait au moins profiter de l’automne pour occuper le terrain avec de nouvelles annonces. Las, les inquiétudes autour du pouvoir d’achat, sur fond de hausse des prix des matières premières et de l’énergie, ont changé la donne.

Pourtant, le mois de septembre avait démarré tambour battant : Emmanuel Macron s’est successivement penché au chevet des policiers, des agriculteurs, des indépendants, de la ville de Marseille et des chômeurs de longue durée. Avant de lancer en grande pompe le fameux plan France 2030, dans une mise en scène savamment étudiée, façon « TED Talks » à l’américaine, au milieu d’un parterre d’investisseurs, d’industriels, de start-upeurs et de chercheurs.

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Une stratégie alors payante, selon Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos. « Il y a dix ou quinze ans, les politiques avaient un discours global et en livraient des illustrations à travers des mesures. Aujourd’hui, ce qui marche, c’est le fait d’annoncer des mesures extrêmement concrètes, catégorie par catégorie. Compléter la panoplie est important pour Emmanuel Macron, pour montrer qu’il cherche à protéger l’ensemble des Français. »

La fin du « quoi qu’il en coûte »

Jusqu’ici, les finances du pays, largement grevées par les mesures de soutien engagées depuis dix-huit mois, n’avaient que marginalement pâti de cette frénésie. Entre les mesures décalées dans le temps, les crédits restants sur les enveloppes d’urgence et de relance, les recettes fiscales dopées par le rebond de la croissance et les budgets égrenés sur plusieurs années, l’exécutif avait habilement manœuvré pour tenir bon, au moins dans les comptes, sur la fin du « quoi qu’il en coûte ». Archétype de cette stratégie : France 2030, doté sur le papier de 34 milliards d’euros, mais dont seule la première tranche de 3,5 milliards d’euros est assurée dans le budget 2022. Le reste ? Il sera au bon vouloir de la prochaine majorité. Quant au revenu d’engagement pour accompagner les 18-25 ans vers l’emploi, devenu « contrat engagement jeune », ses contours ont été revus à la baisse et il coûtera 550 millions d’euros, contre un à deux milliards ambitionnés cet été.

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