La conservatrice Emma Lavigne quitte le Palais de Tokyo pour la collection Pinault

Emma Lavigne (portrait non daté).

La nouvelle en a surpris plus d’un : Emma Lavigne quitte le Palais de Tokyo pour prendre la direction de la collection Pinault, à compter du 1er novembre. Soit deux ans tout juste après son arrivée à la tête du centre d’art parisien. Le milliardaire François Pinault vient lui-même de l’annoncer : elle assurera auprès de lui « le développement de la collection à laquelle [il se] consacre avec passion. Elle veillera également à ce que le réseau des musées de la collection qui se déploie désormais à Venise et à Paris, ainsi que les actions hors-les-murs, permettent à un public de plus en plus large de rencontrer la création de notre temps, dans sa diversité et son perpétuel renouvellement. »

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La voilà donc directrice générale de la collection, qui englobe désormais l’entité Bourse de commerce, dont le succès ne se dément pas depuis son ouverture en fanfare au printemps. Emma Lavigne aura aussi, aux côtés de Bruno Racine, la mission de « contribuer au rayonnement de la collection » dans le cadre des expositions vénitiennes du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana.

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Née à Versailles en 1968, cette conservatrice chevronnée remplit ainsi également les missions attribuées à Martin Bethenod, qui avait annoncé son départ à la fin de l’été suite à sa candidature malheureuse à la présidence du Centre Pompidou, et succède à Jean-Jacques Aillagon qui assurait l’intérim. C’est l’aboutissement inattendu d’un parcours sans faute : promue conservatrice à la Cité de la musique en 2000, elle est passée au Centre Pompidou en 2008, avant de prendre la tête de Pompidou-Metz en 2015, tout en orchestrant en 2017 la Biennale de Lyon. Ardente avocate des institutions publiques, Emma Lavigne opère donc une bascule inattendue dans la sphère privée.

Transition écologique

Comment comprendre son passage éclair au Palais de Tokyo, poste pour lequel elle s’était battue de longs mois ? La brillante intellectuelle s’est-elle lassée des difficultés financières inhérentes à ce paquebot de 10 000 m2, contraint de s’autofinancer à plus de 60 % ? En période de crise sanitaire, la mission s’était avérée plus ardue que jamais. Elle l’avouait à demi-mot depuis son arrivée, cette perpétuelle quête de nouveaux mécènes la coupait du cœur de sa vocation : soutenir la création, et dépoussiérer notre regard sur l’histoire de l’art.

Elle est en effet autrice d’expositions qui ont fait date : à Pompidou, on lui doit notamment Danser sa vie, orchestré en collaboration avec Christine Macel, puis la remarquable rétrospective Pierre Huyghe ; à Pompidou-Metz, elle a lancé un cycle d’expositions thématiques de haut vol, comme Sublime ou Jardin infini. Particulièrement précieuse pour le mégacollectionneur qui vient de la débaucher, son intense capacité de dialogue avec les créateurs, toutes générations confondues, est unanimement reconnue. Sa carte blanche à Anne Imhof au Palais de Tokyo en a offert la preuve la plus récente.

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