La crise sanitaire a secoué le New York Philharmonic

Le directeur néerlandais Jaap van Zweden, dirige le Philharmonique au David Geffen Hall, Lincoln Center, le 20 septembre 2018 à New York.

Pendant cinquante-sept jours, Ethan Bensdorf est monté sur le toit de sa terrasse, et il a joué de la trompette. Entre deux et cinq minutes, au cœur de Manhattan, à 19 heures, en hommage au personnel hospitalier. Et puis c’était tout, depuis cette dernière représentation du 13 mars 2020, quand chacun avait compris que tout allait s’arrêter. Le vendredi 17 septembre, après un an et demi d’interruption, le trompettiste du New York Philharmonic a repris le chemin du concert, le soir même. « Je suis impatient, nous confie-t-il. Le plus dur, pendant ces mois, ce fut l’incertitude. »

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Ces mois de confinement furent des mois d’ennui. La pandémie de Covid-19 s’est imposée alors qu’arrivait à échéance, en septembre 2020, l’accord salarial. « On a dû accepter une réduction de salaire d’environ 25 %. » Le trompettiste a donné des cours particuliers, en virtuel puis en face-à-face. Mais pas d’orchestre à distance : « Sur Zoom, il est impossible de jouer à plusieurs », explique le musicien, en raison du décalage de transmission.

Il y a bien eu à l’automne 2020 quelques concerts éphémères, improvisés en plein air à travers New York, lorsque la pandémie semblait s’estomper, puis de nouveau au printemps 2021. « On ne pouvait pas prévenir le public en avance, car il ne fallait pas qu’il y ait de foule », se souvient-il.

Rentrée « hors les murs »

La rentrée est l’occasion de mettre à l’honneur des compositeurs féminins ou issus des minorités. Ce 17 septembre, l’orchestre joue une œuvre de la compositrice électro britannique Anna Clyne, âgée de 41 ans, tandis que la poétesse afro-américaine Mahogany L. Browne, 45 ans, a récité une de ses œuvres. La semaine suivante, c’était la première de Kanashibari, création de la Britannique d’origine guyanaise Hannah Kendall (37 ans). Paradoxalement, les contraintes du Covid – pas d’entracte si possible et des œuvres courtes –, ont facilité cette mutation enclenchée par les mouvements #metoo et Black Lives Matter. Surtout que le Philharmonique s’est replié provisoirement sur la « petite » salle de l’Alice Tully Hall (1 084 places).

En effet, cette rentrée est une « hors les murs ». Sur la place du Lincoln Center, l’immense complexe artistique de l’Upper West Side, le David Geffen Hall où réside le Philharmonique n’est plus qu’un immense chantier. De cette salle trop grande créée en 1962 avec ses 2 738 sièges, il n’y a rien à garder, si ce n’est un plafond à l’acoustique excellente. Des ouvriers s’affairent à monter une scène amovible, qui a été avancée d’une dizaine de mètres. Comme l’avait fait, avec les moyens du bord, le chef Pierre Boulez lorsqu’il dirigea l’institution dans les années 1970. La salle, qui doit rouvrir en octobre 2022, aura une capacité réduite à 2 200 places, mais avec une vraie ouverture sur le monde : au sous-sol, les concerts seront diffusés gratuitement sur des écrans géants pour le public de passage.

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