La CRT ou « critical race theory », nouvel avatar de la guerre culturelle aux Etats-Unis

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Publié aujourd’hui à 06h00

Depuis peu, dans les écoles de Caroline du Nord, les professeurs n’ont plus le droit d’enseigner que les Etats-Unis ont été créés par les « membres d’une race ou d’un sexe particuliers pour opprimer les membres d’une autre race ou d’un autre sexe ». Leurs collègues de l’Idaho, eux, ont interdiction d’affirmer que « les individus, en vertu de leur race, de leur sexe, de leur religion, de leur ethnicité ou de leur couleur sont par nature responsables des actions commises dans le passé par des personnes de la même race, du même sexe, de la même ethnicité ou de la même couleur ». Dans l’Etat de Rhode Island, une proposition de loi défendue par des élus de la minorité républicaine entend proscrire des salles de classe l’affirmation selon laquelle les Etats-Unis sont « fondamentalement racistes ou sexistes ».

Ces enseignements avaient-ils voix au chapitre avant que ces nouvelles législations ne viennent s’immiscer dans le contenu des cours ? Sans doute pas en ces termes. Mais les élus conservateurs ont estimé la menace suffisamment proche pour vouloir protéger les enfants d’une idéologie jugée « venimeuse » et résumée à la hâte sous l’obscur acronyme CRT, pour critical race theory. « La CRT vise à trouver du racisme dans chaque recoin des Etats-Unis », s’est ainsi lamentée l’élue de Rhode Island Patricia Morgan en présentant son texte. Mu par les mêmes craintes, Don Jones, un élu local de l’Ohio, a renchéri : « La critical race theory est dangereuse et fondamentalement mauvaise. Les élèves [blancs] ne devraient pas avoir à “interroger leur blancheur” ou à “examiner leurs privilèges” ».

Résolument engagés dans cette nouvelle bataille identitaire, une quinzaine d’Etats ont adopté ces dernières semaines – ou s’efforcent de faire approuver – des textes visant à limiter les discussions sur les questions raciales dans les écoles. Unis dans leur combat, les conservateurs ont désigné un ennemi commun avec un cri de ralliement unique : haro sur la CRT ! Partout dans le pays, des mouvements proches du Parti républicain ont fait éclore des associations de parents prompts à manifester leur colère et leurs peurs devant les responsables locaux de l’éducation.

Bannir les formations « à l’égalité raciale et à la diversité »

Le niveau fédéral n’est pas en reste. En mai, une trentaine d’élus républicains de la Chambre des représentants ont présenté un projet de loi, explicitement intitulé Stop CRT Act, visant à bannir les formations « à l’égalité raciale et à la diversité » dispensées aux employés fédéraux. L’un des porteurs du projet, l’élu de Caroline du Nord Dan Bishop, a ainsi justifié l’urgence et la nécessité d’une telle mesure : « La critical race theory est une idéologie clivante qui menace d’empoisonner la psyché américaine. Pour le salut du futur de nos enfants, nous devons mettre un terme à ces efforts pour éliminer la vérité sur la fondation de notre pays. » Le 15 juin, le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Mitch McConnell, a, à son tour, déploré devant ses collègues « les efforts du ministère de l’éducation pour promouvoir la CRT dans les écoles publiques et satisfaire les sensibilités “woke” [dérivé de « awake » (« éveillé »)]». Et, sans craindre l’outrance, le sénateur républicain du Texas Ted Cruz s’est emporté, le 18 juin : « La CRT est un mensonge et aussi raciste qu’un membre du Ku Klux Klan en [robe et cagoule] blanches. »

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