« La décision de fermer le pont aérien rend impossible l’évacuation des étudiants et des universitaires afghans en danger »

Tribune. En tant que chercheuses et chercheurs ayant travaillé pendant de nombreuses années en Afghanistan et dans ses pays voisins, nous sommes profondément inquiets de la situation dans le pays. Les nouvelles que nous recevons au quotidien de nos collègues universitaires et des étudiants vivant et travaillant en Afghanistan ne font qu’augmenter nos appréhensions.

C’est pourquoi au cours des derniers jours, nous nous sommes mobilisés individuellement et collectivement pour établir des listes de personnes en danger et de leur famille afin de faciliter leur évacuation.

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Nos efforts ont été notamment motivés par l’intervention le 14 août par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères (MEAE), via son centre de crise et de soutien (CDCS) en charge de recenser les personnes à évacuer.

Consternation

Le 20 août, le CDCS affirme avoir reçu environ 100 000 appels dont seulement 10 % sont traités. Le nombre de personnes afghanes évacuées à ce jour reste dérisoire (1 300 personnes) alors que les listes ne cessent de s’allonger à mesure que les heures et les jours passent, comme le soulignait lui-même Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, dans Le Journal du dimanche du 22 août.

Nous apprenons avec consternation que le pont aérien organisé par la France doit être fermé le jeudi 26 août, en anticipation du départ des troupes de la coalition prévu le mardi 31 août. Cette décision, prise seulement une dizaine de jours après le début de l’intervention du CDCS, rend impossible l’évacuation des personnes en danger que nous avons identifiées. A ce jour, aucune information ne garantit que les universitaires et les étudiants en danger qui souhaitent quitter l’Afghanistan pourront le faire après la fermeture du pont aérien.

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C’est pourquoi nous demandons au MEAE de revenir sur cette décision afin que toutes les personnes qui nous ont accordé leur confiance et celle du CDCS puissent jouir de cette possibilité et être protégées.

Pour que les institutions académiques puissent continuer leur effort dans l’accueil des universitaires et des étudiants et étudiantes afghans en situation de danger, nous demandons également au ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur d’accorder des crédits supplémentaires aux programmes d’accueil des étudiants et des universitaires en exil.

Liste des signataires : Adam Baczko, chargé de recherche, CNRS ; Julio Bendezu-Sarmiento, CNRS, directeur de la Délégation archéologique française d’Afghanistan (2014-2108) ; Julie Billaud, professeure d’anthropologie, Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) ; Lucia Direnberger, chargée de recherche, CNRS ; Cloé Drieu, chargée de recherche, CNRS ; Rosanna Sestito, doctorante, université Paris-Nanterre ;

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