« La décroissance sera certes une récession, mais elle ne sera pas une dépression »

Tribune. Le verdict du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 9 août, est clair : « Les preuves des changements observés dans les phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, et, en particulier, leur attribution à l’influence humaine, se sont renforcées depuis le cinquième rapport d’évaluation. » Il rejoint celui du récent rapport conjoint du GIEC et de l’IPBES (la plate-forme des Nations unies pour la biodiversité et les écosystèmes), publié en juin 2021, et dont les premiers mots sont : « Le changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des problèmes les plus urgents de l’anthropocène », c’est-à-dire depuis l’avènement des hommes comme principale force de changement sur terre.

Les rapports du GIEC et de l’IPBES fournissent le cadre. Nous n’éviterons pas un monde à + 1,5 °C (entre 2030 et 2040), explique le GIEC, même si dans son scénario le plus optimiste, la température pourrait être stabilisée avant de décroître à 1,4 °C vers la fin du siècle. La question politique est par conséquent celle d’une solution responsable : cesser de faire de la croissance du produit intérieur brut (PIB) la boussole à l’aune de laquelle toutes les politiques devraient être évaluées.

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Cette boussole est biaisée car elle oriente nos vies sous la domination de la seule activité économique. La mise sous tutelle de toute vie sociale correspond à la victoire d’un concept : l’indicateur du PIB, qui est devenu une idéologie au service du monde de la croissance.

Aujourd’hui, tout gain de croissance est corrélé à une dégradation de l’empreinte écologique (EE). Pire, le seuil de dépassement des plafonds de l’insoutenabilité écologique n’est pas devant nous mais derrière nous : en 2021, le « jour du dépassement » est le 29 juillet. Désormais chaque humain doit se sentir responsable et d’efforcer de repasser sous ce seuil : c’est cela qui s’appelle la « décroissance ». Et appelons un chat un chat : même si toute récession n’est pas qu’une décroissance, la décroissance est bien une espèce de récession.

Croissance et récession sont des notions économiques antagonistes. Une récession correspond au recul de l’activité économique, mesurée par le PIB, pendant au moins deux trimestres consécutifs. Quand une récession est « grave et durable », elle devient une dépression.

La fin du fétichisme

Or la décroissance entraîne forcément un recul de la croissance économique. Quelle devra être la durée de ce recul ? Le temps de revenir à une EE soutenable. En France, l’EE est de 1,8 par rapport à la biocapacité française (et de 2,9 par rapport à la biocapacité mondiale). Avec un taux de décroissance de 10 % par an, il faudra près de 40 trimestres de récession si on part d’une EE de 2,9. Il s’agit d’un calcul grossier, mais il donne un ordre de grandeur pour comprendre que la décroissance sera une récession.

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