« La définition d’une véritable philosophie de la sécurité intérieure est à notre portée »

Tribune. Le Beauvau de la sécurité, clos par les annonces fortes du président de la République, souligne la nécessité de bâtir enfin une philosophie, une vision générale de notre politique de sécurité intérieure. Cette stratégie globale n’a jamais été mise en place depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui, nous faisons face à un morcellement de notre sécurité intérieure, orientée au gré de l’actualité, dans un fonctionnement en silo. Ainsi, ces dernières années, de nombreux moyens ont été alloués sur des thèmes précis, par exemple la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, les délits routiers, la répression du commerce des stupéfiants, etc.

Ces actions conjoncturelles, utiles et nécessaires, ne s’inscrivent malheureusement pas dans une réflexion de fond, une vraie vision de long terme de la sécurité intérieure, sur son but général, ses moyens, ses évolutions.

Contrairement aux armées, qui ont développé depuis des décennies ce type de philosophie pérenne, stable face au changement politique et qui offre en permanence une perspective d’avenir, les forces de sécurité intérieure ne parviennent pas à dégager une ligne directrice commune.

Absence d’unicité

Plusieurs raisons en sont la cause. Tout d’abord, contrairement à son homologue des armées, le ministère de l’intérieur traite d’une problématique vaste concernant la cohésion des territoires, et non exclusivement la lutte contre l’insécurité et le soutien des forces y participant.

Par ailleurs, ce concept de sécurité intérieure est quelque peu « dilué » au sein de son ministère, car il est porté par trois grandes directions actives (la direction générale de la gendarmerie, la direction générale de la police et la Préfecture de police de Paris), chacune pourvue d’une certaine autonomie et d’un chef, là où les trois corps d’armée – armée de terre, marine et armée de l’air et de l’espace – obéissent au même chef d’état-major, qui siège aux côtés du ministre.

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Ces trois directions coopèrent parfois, s’opposent parfois, cèdent souvent à des enjeux d’image de marque et de pouvoir, sans aucune instance de régulation des conflits autre que le ministre lui-même, qui se retrouve trop souvent en première ligne, dans ce rôle épuisant d’arbitre.

C’est, à n’en pas douter, cette absence d’unicité et cette course aux intérêts de « boutiques » qui a rendu impossible, depuis toujours, un travail de prospective globale sur l’ensemble du spectre sécuritaire.

Il n’a jamais existé aucun corpus intellectuel de la sécurité intérieure qui structure l’édifice et le stabilise face aux fluctuations des anciens dogmes politiques de droite et de gauche et à l’omnipotence d’administrations par définition craintives et rétives au changement.

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