La directrice du FMI mise en cause pour avoir fait pression en faveur de la Chine

La directrice du FMI Kristalina Georgieva, à Paris, le 18 mai 2021.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, est sous le feu des critiques après la publication, jeudi 17 septembre, d’une enquête indépendante commandée par l’institution internationale, dans laquelle il apparaît qu’elle aurait fait pression en 2017 pour modifier un rapport de la Banque mondiale – où elle était en poste à l’époque – afin de ménager la Chine.

Mme Georgieva s’est dite « en désaccord » avec les conclusions de cette investigation, dont les auteurs ont interrogé plusieurs dizaines d’employés, actuels et anciens, et passé au crible 80 000 documents. Face à ces révélations, la Banque mondiale a annoncé qu’elle arrêtait la publication de son rapport annuel « Doing Business ». Elle a dit travailler sur une « nouvelle approche pour évaluer le climat des affaires et des investissements ».

En 2017, la Chine avait assez peu apprécié sa 78e place dans ce rapport qui établit un classement des pays au climat le plus favorable à l’activité économique et aux affaires, en fonction de plusieurs paramètres. Pour lui éviter de dégringoler encore dans le classement de l’année suivante, et afin d’obtenir sa signature dans des négociations sensibles, l’institution installée à Washington a employé les grands moyens, selon cette enquête du cabinet d’avocats WilmerHale, mandaté par le comité d’éthique de la Banque mondiale.

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Il en ressort que des « pressions directes et indirectes » ont été exercées par de hauts responsables du bureau du président de l’institution de l’époque Jim Yong Kim – « vraisemblablement à la demande » de ce dernier –, pour modifier le classement de la Chine. Et peu avant la publication de l’édition 2018, Kristalina Georgieva, à l’époque directrice générale de la Banque mondiale, a, selon l’enquête, demandé l’adaptation de la méthodologie et la modification des critères.

« Le rapport parle de lui-même »

Mme Georgieva aurait réprimandé un haut responsable de l’institution pour « avoir mal géré les relations de la Banque avec la Chine et ne pas avoir apprécié l’importance du rapport Doing Business pour le pays », décrit l’enquête. Sous la pression, ses équipes auraient alors modifié certaines données, et permis à la Chine de conserver sa 78e place au lieu de chuter à la 85e. Le responsable initialement réprimandé, lui, a été félicité pour avoir « fait sa part du travail pour le multilatéralisme ».

« Le rapport parle de lui-même », s’est borné à réagir un porte-parole de la Banque.

Kristalina Georgieva, qui a pris la tête du FMI en octobre 2019, a dit, jeudi, être « foncièrement en désaccord avec les conclusions et les interprétations » de cette enquête « en ce qui concerne [son] rôle dans le rapport » de 2018. « J’ai d’ores et déjà tenu une réunion avec le conseil d’administration du FMI sur ce sujet », a-t-elle ajouté dans cette déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP).

L’arrêt du rapport « Doing Business » a été salué par Nadia Daar, responsable d’Oxfam International à Washington, estimant que ce classement « encourage les gouvernements à adopter des politiques destructrices qui aggravent les inégalités ».

Le Trésor américain a lui informé analyser le rapport, évoquant des « conclusions préoccupantes »« Notre responsabilité première est de préserver l’intégrité des institutions financières internationales », a précisé le ministère des finances dans un communiqué.

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Culture « toxique »

Les changements dans la méthodologie du classement avaient, en janvier 2018, poussé à la démission le chef économiste de la Banque mondiale, Paul Romer, nobélisé quelques mois plus tard. La Banque mondiale avait à l’époque nié toute influence politique dans ce classement. M. Romer s’était inquiété de modifications « arbitraires », qui avaient nettement changé le classement de plusieurs pays, dont le Chili.

« Lorsque j’ai posé ces questions, Kristalina a entrepris un travail de dissimulation, un maquillage, a expliqué l’économiste dans un entretien à l’AFP, jeudi. J’en référais à des gens qui manquaient d’intégrité. C’était intolérable. »

« Les méthodes d’intimidation qui sont décrites dans ce rapport étaient réelles », a assuré M. Romer.

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Des négociations en cours lors de la rédaction du classement de 2018 concernaient l’augmentation historique de 13 milliards de dollars des ressources de la Banque mondiale, dont la signature nécessitait le soutien du président américain Donald Trump (qui s’était opposé aux prêts concessionnels à la Chine) mais aussi de Pékin qui avait accepté de payer davantage pour les prêts.

Les personnes interrogées ont enfin fait état d’une culture « toxique » au sein de l’équipe en charge du rapport « Doing Business », notamment de la part de Simeon Djankov, qui était alors un conseiller de Kristalina Georgieva.

Le Monde avec AFP