La doctrine de la France sur le cloud fait débat

Tout le monde n’applaudit pas la nouvelle doctrine de l’Etat en matière d’hébergement de données dans le cloud. Annoncée le 17 mai et baptisée « Cloud de confiance », celle-ci promeut notamment les solutions « hybrides », qui consistent à faire héberger par des sociétés françaises ou européennes des logiciels d’acteurs américains comme Microsoft, Google ou Amazon. Annoncée dix jours plus tard et saluée par le gouvernement, la création de Bleu, une société de cloud fondée par les français Orange et Capgemini, avec comme partenaire Microsoft, a aussi fait grincer quelques dents.

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« On ne voit pas en quoi il y a dans cette doctrine un projet industriel autre que celui de donner tout le marché aux acteurs déjà dominants », critique Yann Lechelle, directeur général de Scaleway, filiale cloud de l’opérateur télécoms Iliad (fondé par Xavier Niel, actionnaire à titre individuel du Monde). « Les acteurs français risquent d’être cantonnés dans un rôle de fournisseur d’infrastructures et de revendeur de logiciels non européens », anticipe le dirigeant. Or, la partie logicielle « capture l’essentiel de la valeur », souligne M. Lechelle, saluant toutefois comme un point « très positif », l’injonction faite aux structures publiques d’opter par défaut pour l’hébergement en ligne dans le cloud plutôt que sur des serveurs physiques locaux.

La politique du gouvernement veut « le meilleur des deux mondes » : recourir à des acteurs français ou européens (dans le but d’éviter des accès aux données en vertu des lois extraterritoriales américaines comme le Foreign Intelligence Surveillance Act) tout en utilisant des technologies américaines (afin d’avoir les logiciels « les plus performants », notamment Office 365 de Microsoft). Mais ce choix suscite des réserves. « C’est un aveu de capitulation de s’en remettre aux Gafam », jugent, le 27 juin dans une tribune au Monde, de « jeunes développeurs » (dont un employé de Scaleway).

« Partage de valeur »

Pour Quentin Adam, PDG de l’éditeur français Clever Cloud, la bataille des couches logicielles d’utilisation des infrastructures cloud n’est pas perdue : « Abandonner maintenant alors que tout reste à faire serait une erreur stratégique majeure », a-t-il déclaré, le 28 mai, au site Next Inpact. « On regrette que le gouvernement choisisse de se presser alors qu’il pourrait passer commande à des acteurs européens », a abondé, le 31 mai dans Les Echos, Stéphane Fermigier, coprésident du Conseil national du logiciel libre. 

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