« La Félicité du loup », de Paolo Cognetti : au pied du mont Rose, la belle humanité

Dans le val d’Aoste, en Italie.

« La Félicité du loup » (La Felicita del lupo), de Paolo Cognetti, traduit de l’italien par Anita Rochedy, Stock, « La cosmopolite », 210 p., 18,50 €, numérique 13 €.

Prendre de la hauteur pour repartir de zéro. C’est ce qu’ont choisi de faire tant le romancier italien Paolo Cognetti que son protagoniste, Fausto, dans La Félicité du loup. Auteur du très remarqué Les Huit Montagnes (Stock, 2017), l’écrivain a quitté Milan, en 2007, à près de 30 ans, pour un hameau perdu du val d’Aoste, avec l’idée d’oublier ses échecs professionnels et de se régénérer dans les paysages qui avaient bercé son enfance. Quant à Fausto, il a fui la capitale de la Lombardie à 40 ans pour s’établir à Fontana Fredda, une petite station de ski, dans la même région, au pied du mont Rose, à la frontière entre l’Italie et la Suisse. Ecrivain à la peine, auteur d’un premier roman, paru des années plus tôt, Fausto a laissé derrière lui les décombres d’un mariage raté : il cherche un nouveau souffle dans son existence comme dans son écriture. C’est alors que, recruté comme cuisinier – dans un petit restaurant du village, devenu le lieu de retrouvailles des pisteurs et dameurs chargés de l’entretien du domaine –, le jeune homme fait la rencontre de Silvia, une jeune serveuse de 27 ans aux allures de baroudeuse, et noue avec elle une relation amoureuse affranchie des jougs de la vie conjugale.

Paolo Cognetti compose ici un nouveau chant d’amour, splendide, pour la montagne et les êtres qui la peuplent. Comme dans Sans jamais atteindre le sommet (2019), son précédent livre, qui relatait son expédition dans l’Himalaya, le romancier privilégie l’exploration de la vie de la vallée. Il y campe d’attachants protagonistes, solidaires les uns des autres mais jaloux de leur liberté. Ainsi Babette, la propriétaire du restaurant qu’elle a surnommé « Le Festin de Babette », en référence à la célèbre nouvelle de Karen Blixen. Comme l’héroïne de cette œuvre – une servante française émigrée dans une Norvège austère, qui prépara un repas inoubliable pour une douzaine de convives et leur permit d’apaiser leurs rancœurs –, la Babette de Cognetti, venue de la ville, réchauffe les cœurs des travailleurs de la région, tout en rêvant de repartir ailleurs. Autre pilier du restaurant, Santorso, l’ancien garde champêtre devenu chasseur et dameur, est, quant à lui, un être solitaire et taciturne qui préfère les histoires « des loups, des renards et des coqs de montagne » à celle des humains, mais qui n’hésite pas à partager avec Fausto sa fine connaissance des lieux, en vieil habitant ancré dans sa terre natale.

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