« La Femme de l’ombre » : le destin exceptionnel de l’espionne qui boitait

Livre. Femme à une époque où le sexisme régnait en maître, unijambiste suite à un accident de chasse, grande rousse américaine qui parlait le français avec un accent prononcé… Impossible pour Virginia Hall de passer inaperçue dans la France du début de la seconde guerre mondiale. Avec son caractère difficile et sa volonté de fer, elle a pourtant joué un rôle-clé dans la lutte contre le régime nazi. A Lyon, dès 1941, alors que les dangers étaient extrêmes, elle a passé plus d’un an à monter les premiers réseaux de résistance d’une France démoralisée. En Haute-Loire, avant et après le débarquement en Normandie, elle fut l’une des grandes organisatrices des opérations de sabotage contre les Allemands, fournissant matériel, entraînement et argent aux maquisards. Preuve d’une personnalité hors du commun, l’Américaine a d’abord servi pour les services secrets britanniques, avant de rejoindre le contre-espionnage des Etats-Unis et finir sa carrière à la CIA.

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L’autrice britannique Sonia Purnell consacre à cette femme exceptionnelle une biographie très documentée, qui vient d’être traduite en français. La Femme de l’ombre, en anglais A Woman of no Importance, raconte de façon chronologique le destin de cette personnalité que personne n’arrivait à prendre au sérieux. Dans les différentes ambassades américaines d’Europe où elle a travaillé au cours des années 1930, ses demandes d’avancement étaient systématiquement rejetées : les femmes étaient censées être des secrétaires, pas des meneuses de projet.

L’obsession de Klaus Barbie

Il a fallu la guerre et la défaite éclair de la France en 1940 pour forcer le destin. Les Britanniques créent le Special Operations Executive (SOE), une branche ultrasecrète du contre-espionnage chargée de mener une « guerre sale » contre les nazis, à coups de sabotages et de guérilla à l’intérieur du continent européen. Sous couvert d’être correspondante d’un journal américain, Virginia Hall est envoyée à Lyon. Là encore, beaucoup de cadres du SOE s’avouent réticents : une femme qui boite pour mener de telles opérations ?

Mais son sens de l’organisation, son dévouement à la France, dont elle s’était prise de passion une décennie plus tôt en s’installant à Paris, son abnégation font rapidement d’elle une figure incontournable. « La moitié des premières opérations de la section F (française) n’auraient pas pu être menées à bien » sans elle, estime Michael Richard Daniell Foot, l’historien officiel du SOE.

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