« La fille qui vient de la mode et se reconvertit dans la céramique » : le retour à la terre d’Olivia Cognet

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Publié aujourd’hui à 15h00, mis à jour à 15h17

Quand Olivia Cognet a su qu’on voulait lui rendre visite à Vallauris avant que sa résidence au Musée de la poterie ne se termine, elle a émis quelques doutes : « C’est sombre ici et il y a du bazar… Dites à votre photographe de venir avec sa lumière. » Une semaine plus tard, après un voyage en train sur la ligne Paris-Nice, l’endroit apparaît tel qu’on l’imaginait. Un espace brut, hors du temps, tournant à plein régime, entre la terre fraîche et les fours lancés à 1 100 °C.

La céramiste est aux affaires, en débardeur et tablier, au côté de Louise Tiberti, son amie d’enfance venue l’assister. Elle met la dernière main à certaines pièces, en surveille d’autres à peine cuites, s’attelle à un nouveau vase, creuse, gratte, découpe la matière… Il ne faut pas mollir : dans quelques jours, l’ensemble rejoindra la galerie parisienne JAG, qui attend un mural en faïence de 3,20 mètres sur 2,10 mètres, formé de douze morceaux qui sèchent sagement dans l’arrière-salle.

La céramiste Olivia Cognet dans l’atelier de Vallauris où elle a suivi sa résidence d’artiste, le 1er juin. A droite, des lampes et des vases en faïence en train de sécher.

Ces quatre mois de création, à l’automne et au printemps, à Vallauris, fief historique des potiers, Olivia Cognet en rêvait depuis la première minute où elle a manipulé un pain de terre. Et, même si elle ironise sur le cliché de « la fille qui vient de la mode et se reconvertit dans la céramique », sa trajectoire est cohérente.

Un solide CV dans la mode

Durant les années 2000 et 2010, elle s’est bâti un solide CV dans la mode, d’abord chez Jean-Charles de Castelbajac, puis Clergerie, Charles Jourdan, Sonia Rykiel, Isabel Marant et Lanvin, pour lesquels elle a dessiné des souliers et des sacs. Suivent quelques années chez Carven auprès de Guillaume Henry et, plus récemment, une collaboration avec les enseignes américaines Staud et Frame.

Mais, avant tout cela, elle est passée par la Villa Arson, l’école supérieure d’art de Nice (la ville où elle a grandi), vivier azuréen de la création contemporaine depuis 1972. Olivia Cognet, elle, a toujours eu un faible pour les arts appliqués, et l’envie d’allier usage et beauté. Tout en admettant que ses créations actuelles relèvent souvent du design pur, elle qui adorait le patronage dans son métier de styliste voit des passerelles évidentes avec l’art. « Une chaussure, c’est une sculpture », dit-elle, sans s’attarder sur la rime.

Olivia Cognet (à gauche) et Louise Tiberti, son amie venue l’assister, dans l’atelier du Musée de la poterie de Vallauris, le 1er juin.

Depuis qu’elle est céramiste, Olivia Cognet dit travailler le grès ou la faïence comme elle façonnait autrefois le cuir. A ceci près que cette chaîne courte, qu’elle maîtrise intégralement, la met au pied du mur : « Si c’est raté, c’est forcément de ma faute ! » Du dessin initial à l’émaillage de la pièce, elle suit chaque étape avec une précision maniaque, consciente de la fragilité du matériau qu’elle manipule, qui peut céder, s’effriter ou simplement décevoir, une fois sorti du four.

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