La fin de l’opération « Barkhane » au Sahel : sauve-qui-peut ou rebond ?

Des mécaniciens de l’armée de l’air de la force « Barkhane » près d’un Mirage 2000, sur la base de Niamey, le 5 juin 2021.

En annonçant, le 10 juin, « une transformation profonde de [la] présence militaire [française] au Sahel » sans toutefois en dessiner les contours précis, le président Emmanuel Macron a soulevé plus d’interrogations qu’il n’a ouvert de nouvelles pistes pour sortir cette région de la spirale de violences qui la plombe depuis presque dix ans.

Depuis le lancement de l’opération militaire « Serval », ordonnée en 2013 par François Hollande, la France est en première ligne au Sahel sur chacun des trois « D » qui structurent sa politique régionale : diplomatie, défense, développement. A l’époque, le Mali menaçait d’imploser sous l’effet conjugué de mouvements indépendantistes touareg, vite surpassés par des organisations djihadistes liées à Al-Qaida ou à l’organisation Etat islamique dont l’agenda, transfrontalier, ne se limitait pas à la partition du pays. L’intervention française avait alors évité le pire. Trop exposés à la force de frappe française, les « groupes armés terroristes », les GAT, selon la terminologie d’usage au ministère des armées, avaient connu la déroute. Ils s’étaient dispersés dans les sables. Avant de renaître.

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La question se posait déjà de savoir pourquoi la France intervenait si massivement au Sahel. Selon l’argument officiel avancé alors, il s’agissait d’éviter que les djihadistes ne s’emparent de la capitale Bamako et transforment le Mali en terrain d’entraînement pour apprentis kamikazes destinés à frapper les pays européens. Cette explication en laissait plus d’un sceptique. Contrôler la moitié désertique et très faiblement peuplée du Mali, où la cause indépendantiste et la défiance vis-à-vis de l’Etat central offraient un terreau favorable à la croissance des GAT, est une chose. Il s’agissait moins pour eux de chasser l’Etat que d’occuper l’espace vacant. Mais conquérir le « Mali utile », densément peuplé, hostile aux thèses sécessionnistes et moins perméable à l’islamisme le plus radical, était un défi hors de leur portée.

Tourner la page

Aurait-il fallu que les militaires français rentrent dans leurs casernes une fois gagnée cette première partie du conflit, plutôt que de « s’installer dans une opération de longue durée » ? Nul ne peut réécrire l’histoire. Toujours est-il que le président Macron veut tourner la page « Barkhane ». Loin d’être contenues, les violences djihadistes se sont propagées aux Etats voisins du Mali, Niger et Burkina Faso, et éclaboussent dorénavant les zones septentrionales de plusieurs pays riverains du golfe de Guinée. Quelque 5 000 militaires français déployés sur un espace qui se mesure en millions de kilomètres carrés n’y peuvent pas grand-chose. « La poursuite de notre engagement au Sahel ne se fera pas à cadre constant », a donc prévenu le chef de l’Etat.

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