« La Folle du logis », au Printemps de septembre, un parcours dans l’imaginaire

« La Proie du soleil » (2020), de Miryam Haddad, dans le cadre de l’exposition-phare du Printemps de septembre « La Folle du logis », au musée-FRAC des Abattoirs, à Toulouse, le 15 septembre.

L’intitulé est désarmant. « La Folle du logis » est le titre de l’un des trois grands parcours qui structurent le Printemps de septembre. La formule remonte à sainte Thérèse d’Avila, au XVIe siècle : « L’imagination est la folle du logis. » Comprendre qu’elle est l’ennemie de la raison. « C’est clairement une expression péjorative, qui traduit une répression historique de pulsions émancipatrices. Le surréalisme s’est employé à libérer la folle du logis, or l’esprit et la pratique des artistes invités ici traduisent les ombres portées par le surréalisme jusqu’à aujourd’hui, des fanges du cauchemar à un onirisme plus paisible », détaille Christian Bernard, le directeur artistique du festival.

A l’espace éphémère Trentotto, qui sert de généreux « générique » aux différents fils tirés et tissés à travers la ville, on découvre une petite salle qui se dérobe aux regards. Derrière le rideau sont rassemblés des dessins à l’imaginaire érotico-gore, aussi virtuoses que dérangeants, de l’Alsacien Antoine Bernhart, un temps proche des surréalistes, et à l’égard duquel Christian Bernard déplore un manque de reconnaissance institutionnelle.

Un principe de non-linéarité

C’est au musée-FRAC des Abattoirs que se concentre l’essentiel de ce parcours à travers une exposition aux appariements sensibles, tout en échos visuels, entre les œuvres d’une quinzaine d’artistes de toutes générations, dont on retrouve par ailleurs le travail disséminé à Toulouse. Il est en effet rare qu’un artiste ne soit qu’à un seul endroit : le Printemps privilégie les réminiscences qui viennent réactiver la mémoire au fil du chemin. L’accrochage suit lui-même ce principe de non-linéarité, avec un artiste en dominante dans chaque salle et des œuvres d’autres artistes en contrechamp, tels les petits portraits inédits de Jean-Luc Verna, qui apparaissent comme des présences récurrentes de salle en salle.

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Ces entrelacs rapprochent d’abord les toiles ou dessins peuplés de figures fantomatiques, aussi douces que narquoises, tantôt humaines, tantôt animales, de Christian Lhopital (que l’on retrouve en solo à la galerie Le Confort des étranges, en centre-ville) et les vastes vaisseaux fantômes de Christine Sefolosha. Dans la foulée, la benjamine de la sélection, Mathilda Marque Bouaret, détonne par ses compositions tendrement burlesques, où les corps défient les lois du cadrage, et avec lesquelles les sculptures en pâte à modeler de Rolino Gaspari semblent faire un pas de deux.

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