La fondation Luma, ovni artistique à Arles

Vue de l’exposition « Prélude », à la fondation Luma.

Luma ouvre enfin ses portes, levant des années de rumeurs, de secrets bien gardés. Voilà quelque temps que la tour miroitante de Frank Gehry donnait le signal dans le paysage arlésien. Mais qu’allait-il se passer dans son dédale ? Que fomentait l’équipe de cette fondation, créée par la mécène Maja Hoffmann avec un aréopage d’artistes, de penseurs, d’artisans, d’ingénieurs ?

Quelques jours avant l’inauguration des Rencontres de la photographie, qui ont imposé la petite ville dans le paysage artistique, Luma lève le voile. Mais elle n’en devient pas moins délicate à cerner : mélange singulier de terre et d’intelligence artificielle, de sel et de réalité virtuelle, de micocouliers et d’acier, de Camargue et d’international, l’institution échappe aux catégories et le revendique. Comme si elle avait anticipé les effets de la crise sanitaire, elle invite, en tout cas, à marquer le pas.

Est-ce un lieu d’exposition ? Bien sûr, des sous-sols du bâtiment de Gehry (où est présenté notamment un florilège de la collection maison) jusqu’aux anciens ateliers SNCF, joliment réhabilités depuis quelques années. Mais Luma cache aussi un atelier de production, où s’inventent les couleurs et les matières de demain ; un jardin miraculeux, poussé sur la caillasse grâce à l’inventivité du paysagiste Bas Smet ; le lieu où s’active la mémoire du XXe siècle, que mettent en scène des archives d’artistes (ne ratez pas la merveilleuse salle consacrée au cinéma expérimental de Derek Jarman) et le rêve un peu fou de lendemains qui chantent.

Une vraie réunion de famille

C’est d’ailleurs une mélopée qui emporte les premiers visiteurs. Elle tient du riff de guitare, de la comptine enfantine, du souffle d’une machine. Plusieurs fois par jour, un chœur surgit du moindre recoin, constitué de tous ceux qui travaillent ici : voilà pour le coup d’envoi. Mis en scène par Tino Sehgal, star de la performance, il donne le « la » – l’art s’immisce ici dans chaque détail. Un double toboggan alambiqué par Carsten Höller permet aux plus aventureux d’éviter l’ascenseur. Ceux qui préfèrent l’escalier auront droit au renversant miroir d’Olafur Eliasson. Dominique Gonzalez-Fœrster met en feu la bibliothèque. Quant au bar, il est conçu par Rirkrit Tiravanija, parois d’acier flamboyant qui reflètent une tapisserie de tournesols, tissée par Aubusson à l’aide de pigments distillés à partir de végétaux qui poussent dans le delta dans les ateliers Luma. Une vraie réunion de famille, cette famille d’artistes que s’est choisie Maja Hoffmann, et qu’elle défend depuis des décennies comme mécène, productrice et collectionneuse.

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