La force de la couleur en 250 objets et 8 designers

Vase Snurran en faïence de Stig Lindberg.

« Assis sur une couleur qu’on aime, on est plus à l’aise », estimait Verner Panton. Une passionnante anthologie parue en juin aux Editions de La Martinière, intitulée Un siècle de design en couleurs (320 pages, 22,95 euros), démontre à quel point la couleur est devenue la caractéristique majeure des meubles, luminaires et objets de décoration intérieure ces cent dernières années, depuis le Bauhaus jusqu’aujourd’hui. L’auteur, David Harrison, journaliste australien spécialiste de la décoration et du design, illustre son propos à travers huit portraits de designers et 250 objets emblématiques dont il raconte brièvement l’histoire.

On voyage du fauteuil cubique tapissé d’un jaune intense (le F51, 1920) de l’Allemand naturalisé américain Walter Gropius à la théière Chubby (2020) de la Française Laureline Galliot, dans laquelle teintes et formes sont intimement liées, grâce à l’impression en 3D. En passant par ces rangements multicolores, en Isorel laqué des Américains Charles et Ray Eames, datant de 1949, cette chaise longue Bird (1990-1991) dans sa housse zippée et vitaminée du Britannique Tom Dixon, ou ces vases en porcelaine Showtime (2006) de l’Espagnol Jaime Hayon aux allures de robot, en porcelaine bleu Napoléon, jaune électrique ou gris Vulcain.

« Des pigments réagissant à la lumière »

C’est une prise de pouvoir progressive, mais inexorable de la couleur dans notre quotidien que décrit David Harrison. Longtemps, les meubles sont restés couleur bois. Longtemps aussi la vaisselle est restée sage, jusqu’à ce tournant des années 1930 et 1940, avec le succès phénoménal, aux Etats-Unis, du service en céramique aux nuances corail, chartreuse ou écume de mer American Modern de Russel Wright, vendu à 250 millions d’exemplaires en vingt ans.

Marshmallow Sofa Design George Nelson (1956).

La tendance se poursuit dans les années 1960 avec le feu d’artifice de meubles et d’accessoires en plastique pour la maison, puis dans les années 1970-1980 avec le groupe Memphis « dont les designers abusent délibérément des couleurs et des motifs », note David Harrison. Après une pause dans les années 1990 – règne du minimalisme et de sa palette de grège –, les objets ont repris de nouveau des couleurs. A tel point, souligne l’auteur, qu’à présent « le choix du ou des coloris d’un article est débattu dès les premières phases de la conception ».

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Dans la préface de l’ouvrage, la designer hollandaise Hella Jongerius, également directrice artistique pour les coloris et les matériaux du fabricant de mobilier suisse Vitra, appelle de ses vœux « des pigments réagissant à la lumière », afin « de percevoir une couleur industrielle différemment selon le moment de la journée ». Cela permettrait « aux créations de design d’être réévaluées et réinterprétées avec la même richesse et la même variabilité que nous offrent l’art et la nature », plaide-t-elle.

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Showtime Multileg Cabinet par Jaime Hayon.