La formation, vrai point faible de la France face à l’Allemagne

Analyse. C’est une obsession française, frisant parfois l’absurde. C’est plus fort que nous : chaque fois qu’un nouvel indicateur économique est publié, nous comparons presque systématiquement nos performances à celles de nos voisins allemands. Au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) outre-Rhin a reculé de 1,8 % en raison des restrictions sanitaires prolongées, soit plus que le nôtre (– 0,1 %). En 2021, il devrait enregistrer une croissance plus faible, de 3,3 % contre 5,8 % chez nous, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

A la lecture de ces chiffres, quelques Français peinent à réprouver une once de Schadenfreude, ce mot allemand désignant la joie coupable ressentie devant la mauvaise fortune d’autrui. Paris rebondira plus fort que Berlin ! Ce serait oublier qu’en 2020, la récession a été bien plus violente en France (– 8,2 %, contre – 5,3 % outre-Rhin). Et que nous faisons beaucoup moins bien que l’Allemagne en matière de chômage (7,3 % contre 4,4 % en avril), de déficit (9,2 % du PIB contre 4,2 %), de dette publique (115,7 % contre 69,8 %).

Le modèle allemand n’est peut-être pas parfait, il fabrique aussi de la précarité et des travailleurs pauvres, mais il a généré plus de revenus par tête

Surtout, l’économie allemande affiche de bien meilleures performances depuis vingt ans. Un chiffre le résume : en 2000, le PIB par habitant était similaire dans nos deux pays, autour de 28 900 euros. Mais en 2020, il était de 34 110 euros en Allemagne contre 30 690 euros chez nous. Le modèle allemand n’est peut-être pas parfait, il fabrique aussi de la précarité et des travailleurs pauvres, mais il a généré plus de revenus par tête.

Cela signifie-t-il que la divergence entre les deux rives du Rhin continuera de se creuser après la crise du Covid-19 ? Rien n’est moins sûr. D’une certaine façon, la pandémie a rebattu les cartes en accélérant les transitions écologique et numérique, tout comme les velléités de relocalisation des usines. Nos deux pays devront fournir un effort d’investissement considérable pour convertir leur appareil de production aux enjeux de demain. Les incertitudes sont nombreuses, et le chemin économique que suivra l’Allemagne pour y parvenir dépendra en partie du résultat des élections fédérales de septembre.

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Reste que l’industrie automobile allemande est encore très carbonée et que les investissements publics dans les infrastructures indispensables à la transition, en partie muselés par l’obsession du zéro déficit, sont trop timides. Cela, alors que Berlin a entrepris très peu de réformes depuis la crise de 2008. D’une certaine façon, elle s’est endormie sur les acquis de son industrie, devenue colosse aux pieds d’argile : l’introduction de nouvelles normes d’émission en 2018 a révélé l’impréparation de son secteur automobile, présageant sa délicate reconversion vers les nouvelles motorisations.

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