« La Fracture » : crise générale à l’hôpital

Raf (Valeria Bruni Tedeschi) et Julie (Marina Foïs) dans « La Fracture », de Catherine Corsini.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Après Un amour impossible (2018), adaptation du roman éponyme de Christine Angot, qui est sans doute son meilleur film, Catherine Corsini revient à l’ambiance de la comédie dramatique qui nourrissait déjà La Belle Saison (2015). Dans ce film, problématique paysanne et lutte des femmes étaient croisées avec une histoire d’amour homosexuelle entre une agricultrice et une enseignante dans la France des années 1970. On retrouve dans La Fracture ce même souci de croiser le politique et les mœurs, mais appliqué cette fois-ci à notre temps.

L’un des enjeux essentiels du scénario est de faire interagir différents plans, registres et personnages

L’hôpital en constitue l’unité de lieu et de temps. Y arrivent, après un court préambule d’exposition des personnages, les principaux protagonistes du film. Un couple lesbien bobo en pleine crise, constitué de Raf (Valeria Bruni Tedeschi) et Julie (Marina Foïs), la seconde quittant la première, laquelle, dans tous ses états, est tombée dans la rue en lui courant après et s’est fracturé le coude. Yann (Pio Marmaï), un camionneur « gilet jaune » qui a une jambe criblée de métal, après avoir reçu une grenade de désencerclement lors d’une manifestation. Déjà sur place, puisqu’elle y travaille comme infirmière, Kim (Aïssatou Diallo Sagna, véritable aide-soignante dans la vie) est enfin la quatrième protagoniste du film.

Trouver une circulation

Autant dire que le récit fait de la crise son principal moteur, en la déclinant à tous les étages de la narration. Crise du couple, incarnée par le tandem féminin, tout entier dévolu à une sorte de comédie frénétique et désespérée de la reconquête dont on laisse le lecteur imaginer à quel point Valeria Bruni Tedeschi s’y investit. Crise de la société avec le prolo précarisé Yann, victime d’une bavure policière, ivre de rage et de douleur, et voulant à toute force reprendre son camion pour faire sa livraison, tant il craint de perdre illico son job. Crise de l’hôpital, enfin, dont Corsini met en scène l’inadéquation et le débordement des structures, ainsi que le courage, l’abnégation et le dévouement de certains personnels (pas tous !), rassemblés dans le personnage de Kim.

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L’un des enjeux essentiels du scénario est donc de faire interagir ces différents plans, registres et personnages. De trouver en un mot une circulation qui fasse pièce à la fracture généralisée annoncée par le titre et dont on ne sait que trop bien qu’elle est celle que connaît aujourd’hui la société française. Il faudra donc organiser quelques faux départs de Julie, excédée par son amante qui profite de la situation, pour que cette dernière, livrée à elle-même, se prenne d’abord le nez avec Yann, avant d’opérer un rapprochement de classe. Il faudra de même mettre en scène la charge policière contre des manifestants acculés devant les urgences pour que le corps médical, sommé de livrer à la police l’identité des patients « gilets jaunes », reprenne conscience de son rôle dans la cité.

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