La fracture Nord-Sud menace le combat pour le climat

Le manque de solidarité entre Etats riches et pauvres risque de freiner la lutte contre le changement climatique. Lors de la Conférence de Paris sur le climat de 2015 (COP21), les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars (86 milliards d’euros, au cours actuel) par an d’ici à 2020 à destination des nations en développement. Seuls 80 milliards de dollars ont été redistribués en 2019, selon les derniers chiffres publiés en septembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce montant ne devrait guère être plus élevé en 2020.

Un chiffre « décevant », a reconnu Yannick Glemarec, le directeur du Fonds vert pour le climat, dont le rôle est d’aider les pays désargentés à financer la lutte contre le réchauffement de la planète. L’objectif est pourtant « important pour établir un climat de confiance », a-t-il ajouté, à quelques jours de l’ouverture de négociations cruciales. Alors que la COP26 doit se tenir à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre, les pays du Sud se laisseront plus difficilement convaincre par de nouvelles promesses si celles d’hier n’ont pas été tenues.

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Et ce, d’autant que l’enveloppe des 100 milliards de dollars est jugée insuffisante. « Savoir comment parvenir à cet objectif va être un sujet de discussion important à Glasgow, souligne Simon Wilson, directeur de la communication du Fonds vert pour le climat, mais il faut en réalité des milliers de milliards de dollars pour financer la transition vers une économie décarbonée. » Lors d’une réunion virtuelle, le 30 septembre, le ministre indien des affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a remarqué que la somme de 100 milliards de dollars n’atteignait même pas le budget des droits de retransmission de la Ligue professionnelle de football américain (NFL).

Si la Chine, les Etats-Unis et l’Union européenne concentrent à eux seuls environ la moitié des émissions mondiales de CO2, une partie importante de la bataille pour le climat va se jouer dans les pays à bas et moyen revenu. « Les économies en développement ne reçoivent qu’un cinquième des investissements mondiaux dans l’énergie propre, alors qu’elles pourraient représenter 80 % de la croissance des émissions au cours des prochaines décennies », a rappelé Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un entretien accordé au Monde en octobre.

Manne des investissements privés

Cette transition coûte cher : il faut construire des parcs solaires ou d’éoliennes, de nouvelles infrastructures urbaines ou de transport, dans des pays où le coût du capital est plus élevé qu’ailleurs. La Banque mondiale chiffre les besoins en investissement entre 1 000 milliards et 2 000 milliards de dollars par an, dans les seules nations en développement.

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