La France buissonnière : l’« enfer sonore » du riverain de l’église

A Saint-Chartres (Vienne), hameau de 110 habitants sans école ni commerce, situé à 25 kilomètres de Loudun et 30 de Parthenay – bref, la tranquillité absolue –, Yves Paul vit un « enfer sonore ». Son malheur : avoir acheté, en 1988, une maison secondaire en partie mitoyenne de l’église du village. La sonnerie des cloches l’exaspère, au point qu’il a décidé d’assigner la commune, « responsable » de l’augmentation de l’intensité et de la fréquence du carillon. « Un boucan épouvantable » nuirait à la tranquillité à laquelle aspire ce retraité de l’éducation nationale. Si les heures sont tintées chaque jour de l’année, de 8 heures à 20 heures, ce sont les trois angélus quotidiens qui écorchent particulièrement ses pavillons auditifs. Commencée il y a une quinzaine d’années, l’affaire a épuisé tout son saoul de requêtes et d’ordonnances, d’experts et de conciliateurs. Sans succès.

« Attention, je n’ai rien à voir avec le coq Maurice », précise d’emblée le plaignant en évoquant le cas de ce gallinacé chantant de l’île d’Oléron, symbole des tensions pouvant exister entre néoruraux et gens du cru. S’il habite à l’année près de Niort, Yves Paul n’en est pas moins attaché familialement à Saint-Chartres, d’où était originaire sa première épouse. C’est d’ailleurs dans l’église du bourg, désormais maudite, qu’il s’est marié, en 1972. A cette époque, sa belle-mère, secrétaire de mairie, possédait la clé de Sainte-Julitte-et-Saint-Cyr (XIIe siècle), et la tante de son épouse sonnait manuellement l’angélus, en compagnie d’autres grenouilles de bénitier.

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Les petites mains disparaissant peu à peu, le timbre céleste est électrifié au début des années 1990 par la puissance municipale. Une fêlure est alors découverte sur la robe de la cloche qui officiait. Le mécanisme sera installé sur la grosse cloche, autrement plus véhémente. Quelques années plus tard, la municipalité profitera d’une réparation du dispositif pour automatiser la sonnerie des heures, muettes jusque-là, en plus des angélus. C’en est trop pour le riverain ronchon, contraint de calfeutrer sa cheminée pour atténuer la propagation du barouf chez lui.

L’affaire tourne au cocasse

M. Paul va alerter son assurance, l’agence régionale de santé, la préfecture, un cabinet d’avocats. L’affaire tourne au cocasse. Réalisées par un expert, des mesures sonométriques vont se trouver perturbées par la tronçonneuse d’un voisin. Remplacés par la mairie, des abat-sons – auvents de lames inclinées qui habillent les ouïes des clochers – ne vont pas étouffer les ondes sonores, comme leur nom le laisse penser, mais… les renvoyer vers le sol. Le maire délégué, Jean-Jacques Houllier, agriculteur de profession, aura beau décaler d’une heure le premier tintement pendant le week-end, et réduire d’une dizaine de secondes la durée de la « pleine volée » propre à l’angélus (2 minutes en tout), rien n’y fera : M. Paul a saisi la justice pour que cesse son calvaire. Le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa requête, jeudi 30 septembre, estimant que la sonnerie des cloches relevait d’une tradition ancienne. Le riverain débouté a décidé de faire appel.

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