La France buissonnière : le potier, le commissaire européen et la seringue géante

Guy Baudat devant sa seringue géante.

Une seringue de 12 mètres de long, de même qu’une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et pourquoi pas, s’est dit un matin Guy Baudat, potier et plasticien de Gargilesse-Dampierre (Indre) en méditant sur l’époque covidienne. Installée à l’entrée de la forteresse médiévale qu’il restaure depuis trente-cinq ans, sa sculpture monumentale en impose avec ses deux tonnes d’acier inoxydable et sa contenance « théorique » de 400 000 millilitres. « Seringue triomphante, monument à la gloire d’un objet ordinaire réputé être l’arme vaccinale de la dernière chance » – tel est son nom – n’est pas un outil de promotion de la campagne contre le coronavirus, jure son créateur : « J’ai voulu montrer que l’objet était devenu totémique de notre société. Je ne sublime pas la seringue, je ne la dénigre pas non plus. La dictature, c’est le virus. »

« J’avais quelques craintes de voir des antivax la taguer », confie Guy Baudat

Verbe haut et moustache de Gaulois, Guy Baudat doit sa fortune à un réseau de boutiques artisanales qu’il a ouvertes, à partir des années 1970, dans des villes historiques et des villages remarquables : « J’ai connu l’état de grâce du grès », dit le septuagénaire cachottier qui refuse de donner son âge. En 1986, il rachète Châteaubrun, un château du XIVe siècle, classé « ruine définitive » par l’Etat. L’endroit a inspiré George Sand, voisine du lieu. Il fut également la propriété du sculpteur Lucien Brasseur qui y forma Paul Belmondo, le père de l’acteur récemment disparu. La bâtisse fut d’ailleurs proposée à « Bébel », qui n’en voulut point. « Il se voyait bien y faire des cascades, mais y vivre, non », raconte l’hôte actuel, qui dépensa sans compter pour retaper le donjon percé : « J’aurais pu acheter un yacht à la place. »

La venue de « monsieur vaccin »

Une centaine de bronzes gigantesques ornent aujourd’hui le site et la forêt qui l’entoure. Guy Baudat a le symbolisme chevillé au corps. Charge contre le patriarcat, l’une de ses sculptures montre un « mâle dominant » écraser ses organes génitaux sur une enclume. Une pique anti-numérique adopte la forme d’un accro des écrans pris au piège d’une tapette à souris. De nombreux autres maux contemporains sont dénoncés dans ces statues non disponibles à la vente : la guerre, la souffrance animale, le tourisme sexuel, la manipulation génétique, les lois liberticides… Il n’y a finalement que cette seringue colossale à ne pas véhiculer de message et laisser à chacun la liberté de l’interpréter comme il veut. Pendant les Journées du patrimoine, qui virent défiler 3 000 visiteurs sur place le week-end du 18 septembre, un copain musclé du propriétaire était néanmoins affecté à sa surveillance : « J’avais quelques craintes de voir des antivax la taguer », confie Guy Baudat.

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