La France buissonnière : le Tour de France à trois roues de Franzy

Franzi Rabin, sur son handbike.

Franzy Rabin y est presque. Mardi 9 novembre, à La Crèche (Deux-Sèvres), ce poly-amputé de 35 ans en aura terminé avec son Tour de France en handbike. Le handbike ? Un vélo entraîné par la force des bras, généralement adapté aux personnes paraplégiques. Privé de ses deux membres supérieurs, c’est par le biais de prothèses fixées à ses moignons qu’il parvient à actionner le pédalier manuel de son engin.

Franzy Rabin n’a plus de jambes, non plus. En 2012, un purpura fulminans – plus connu sous l’appellation de « méningite foudroyante » – a conduit à l’ablation de ses quatre extrémités, au CHU de Poitiers. Presque dix ans plus tard, ce disciple de Philippe Croizon (Le Monde du 24-25 octobre) est sur le point d’achever son Everest à lui : une Grande Boucle de 2 000 kilomètres et 25 étapes, commencée il y a un mois à Niort.

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« Je craignais que mon autonomie ne soit pas assez solide pour mener ce défi jusqu’au bout »

Rien ne fut facile, sur la route. En Auvergne, plusieurs côtes à fort dénivelé ont failli avoir raison de sa motivation. Autour d’Agde (Hérault), un violent mistral de face a copieusement freiné son avancée. Entre Cognac et Libourne, une panne de GPS lui a fait faire 30 bornes de rab. Accompagné de cyclo-touristes de clubs situés sur le parcours, Franzy Rabin a dû aussi, et surtout, combattre une profonde appréhension initiale : « Sortir de mon petit quotidien, confie-t-il ce jour-là lors d’une halte à La Ferté-Bernard (Sarthe). Avant cela, je n’étais jamais parti de chez moi plus d’un week-end. Je craignais que mon autonomie ne soit pas assez solide pour mener ce défi jusqu’au bout. »

Franzy – qui doit son prénom à une grand-mère n’ayant pourtant aucune origine germanique – avait 26 ans quand de brutales douleurs aux poumons l’ont précipité aux urgences. Le jeune soudeur-chaudronnier d’une PME de Bressuire (Deux-Sèvres) est alors placé en coma artificiel. A son réveil, un mois et demi plus tard, la nécrose de ses quatre membres est trop avancée : l’amputation s’impose. Le jeune homme n’accepte pas son sort, il veut mettre fin à ses jours : « Je demandais aux infirmières de m’euthanasier », se souvient-il.

« Me bouger »

Un « déclic » survient deux ans plus tard, un soir de grand cafard au centre de rééducation fonctionnelle du Grand Feu, à Niort : « Un choix simple s’est présenté à moi : me prendre en main ou en finir tout de suite. Comme je n’ai pas eu le courage de me suicider, j’ai décidé de me bouger. » Sa première action consistera, ce jour-là, à se brosser les dents tout seul, avec les faibles moyens mis à disposition par son nouveau schéma corporel.

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