« La France dans le bouleversement du monde » : Emmanuel Macron, les discours et la réalité

Livre. En politique étrangère, la France a un avis sur tout. Avant de pouvoir les changer, dans un sens favorable à nos intérêts et à nos valeurs, il faut « dire » les choses, pense-t-on à Paris. C’est une tradition que nous ne partageons en Europe qu’avec les Britanniques. Emmanuel Macron s’est inscrit, à plaisir, dans cette manière française de regarder le monde et de tenter d’agir sur lui.

Le président a multiplié les « grands discours » et les entretiens-fleuves. Il a décrit, souvent avec justesse, la scène internationale telle qu’elle est en ce premier quart de siècle. Il en a commenté les traits les plus saillants : montée en force de la Chine, relatif retrait des Etats-Unis des affaires européennes et moyen-orientales, essoufflement de la séduction exercée par le modèle démocratique, émergence de nouvelles puissances moyennes.

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Les composantes de la puissance ont changé aussi, qui, plus encore aujourd’hui qu’hier, rendent caducs les modes traditionnels d’exercice de la souveraineté et de défense des intérêts nationaux pour un pays de la taille de la France. Sur la scène internationale, la France compte, plus qu’on ne le croit souvent, moins qu’on ne le pense à Paris.

Essayer, encore et encore

Plume élégante et érudition de poids, Michel Duclos raconte ces moments de la présidence Macron où l’homme de l’Elysée a confronté ses discours, volontiers lyriques, à la réalité. Au Liban comme en Libye ou au Sahel, dans l’Indo-Pacifique comme pour redonner vie à l’accord sur le nucléaire iranien, avec Donald Trump comme avec Vladimir Poutine, le président Macron a « essayé » de changer les choses. Sans grand succès apparent.

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Fallait-il ne rien dire, ne rien faire, ne rien tenter ? Non, sans doute. Car la diplomatie, c’est d’essayer, encore et encore, quitte à entretenir cette impression d’arrogance que la France donne souvent à l’étranger – celle d’une ex-« grande nation » mal remise de son déclassement ?

C’est à force « d’essayer » qu’Emmanuel Macron a fait bouger l’Allemagne d’Angela Merkel – le résultat le plus substantiel de son action diplomatique. Ce n’est pas seulement le vote par l’Union européenne (UE) d’un plan de relance post-Covid-19 de 750 milliards d’euros. Le professeur-entraîneur Macron espère avoir fait bouger les lignes sur l’impérieuse nécessité pour l’UE de se doter d’un minimum d’indépendance technologique (politique industrielle) et militaire (l’éternelle esquisse d’une politique de défense européenne) – l’ensemble sous l’appellation « d’autonomie stratégique ». Sans ces éléments-là, on ne « compte » pas.

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