La France envisage de renoncer à soutenir un mégaprojet gazier dans l’Arctique

Exploitation gazière dans la péninsule de Yamal, dans l’Arctique russe, en décembre 2017.

C’est un signal clair, mais pas encore définitif. Le président de la République, Emmanuel Macron, l’a fortement laissé entendre : l’Etat est en passe de renoncer à soutenir un mégaprojet gazier dans l’Arctique russe, une zone menacée en particulier par le réchauffement climatique. Porté par le pétrolier français TotalEnergies et le russe Novatek, le projet Arctic LNG 2 vise à construire dans le Grand Nord russe une gigantesque usine de liquéfaction qui permettra d’exporter du gaz naturel vers l’Europe et l’Asie.

La France avait d’abord envisagé apporter son soutien à ce projet par le biais de garanties à l’export. Grâce à ce mécanisme, le pays se porte garant de prêts pour les entreprises françaises à travers la banque publique d’investissement, Bpifrance. A l’instar des agences de crédit allemande et italienne, également sollicitées, Bpifrance a fait savoir officiellement fin juin que le dossier était en train d’être étudié.

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Le président a choisi le Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour exprimer ses réserves en public. « La France n’attendra pas les lois pour prendre toutes les mesures qu’elle peut pour que rien de la biodiversité dans la région en Arctique ne puisse être dégradé par des projets économiques portés par des entreprises », a-t-il affirmé à Marseille, le 3 septembre.

Cette déclaration, si elle ne mentionne pas explicitement Arctic LNG 2, semble indiquer que Paris compte renoncer à y apporter son appui. A l’Elysée, on se refuse toutefois à être plus explicite. « L’orientation est plutôt franche », note-t-on simplement. Au ministère de la transition écologique, on estime que la déclaration du président est la bienvenue. Barbara Pompili « se félicite que le président ait affiché son opposition aux projets fossiles néfastes pour l’environnement de l’Arctique », indique son entourage.

« Nous voulons qu’il passe du discours aux actes »

Malgré les propos tenus à Marseille, les organisations environnementales mobilisées depuis de longs mois sur le dossier ne sont pas entièrement rassurées. Lors de la première réunion du quinquennat entre leurs représentants et le président, le 31 août, Emmanuel Macron avait semblé clair. Selon plusieurs participants, le président a affirmé qu’il ne souhaitait pas signer cette garantie.

Pourquoi, alors, le chef de l’Etat a-t-il été moins précis lors du congrès de l’UICN ? « C’est un discours caractéristique de la façon dont Emmanuel Macron utilise la scène internationale : des propos aussi grandiloquents qu’abstraits », regrette Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne climat et transition juste aux Amis de la Terre, l’une des organisations les plus engagées contre le projet gazier. De fait, le chef de l’Etat s’était déjà exprimé pour s’alarmer de l’état de l’Arctique à l’occasion du sommet international du G7 à Biarritz, en 2019. « Maintenant, nous voulons qu’il passe du discours aux actes », ajoute Mme Rebaud.

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