« La France ne serait-elle pas plus belle, en Océanie et dans le monde, liée par un partenariat durable avec un Etat calédonien ? »

Le 12 décembre, la Nouvelle-Calédonie se prononcera sur la nature de ses liens avec la France : accession à la pleine souveraineté ou maintien dans l’ensemble français. A différentes occasions, le président Macron a fait connaître sa position sur le sujet : « La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie. » Pourtant, la France ne serait-elle pas plus belle, en Océanie et dans le monde, liée par un partenariat durable avec un Etat calédonien qu’elle accompagnerait dans son édification comme elle l’a accompagné vers son émancipation ?

Depuis un peu plus de trente ans, tous les gouvernements français et tous les responsables politiques calédoniens ont vanté le processus engagé par les accords de Matignon de 1988 et l’accord de Nouméa de 1998, répétant à l’envi qu’il s’agissait d’une démarche de décolonisation « exceptionnelle » et « sans précédent ». Pourtant, quand le gouvernement produit, en vue de la consultation du 12 décembre, un document sur les conséquences respectives du oui et du non, il ne décrit les conséquences d’une éventuelle accession de la Nouvelle-Calédonie à la souveraineté qu’en fonction des précédents du siècle dernier : Djibouti, Comores, Nouvelles-Hébrides, quand ce n’est pas l’Algérie ou l’Indochine.

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Quel sens cela a-t-il, au regard de tout ce qui a été entrepris depuis trente ans et au regard de l’histoire, de n’envisager les suites du oui qu’à la lumière des précédents des indépendances de rupture ou d’abandon, en tout cas des indépendances d’échec pour la France ? Bien sûr, on connaît les raisons juridiques invoquées par le gouvernement : nul ne peut préjuger de ce que voudront les autorités légitimes du nouvel Etat ni d’ailleurs de ce que décidera le gouvernement français en fonctions à cette date. C’est parfaitement exact.

Accompagnement dans la durée

Mais dans l’esprit des accords de Matignon et de l’accord de Nouméa, l’Etat n’est pas seulement un arbitre, il est aussi acteur et partenaire : à ce titre, qu’est-ce qui l’aurait empêché non seulement d’indiquer qu’il était prêt, si le nouvel Etat en exprimait la demande, à négocier des accords substantiels et de longue durée, dans l’esprit de l’article 88 de la Constitution, concernant l’administration de la justice, l’ordre public, la défense, l’enseignement, la mise en œuvre d’une acception large de la double nationalité, mais aussi d’en préciser le contenu, en particulier financier ? Bref, qu’est-ce qui aurait empêché le gouvernement de dire que, si, au terme de ce long processus, la Nouvelle-Calédonie choisissait la voie de la pleine souveraineté, la France l’accompagnerait dans la durée et selon des modalités « sans précédent », qui ne seraient ni celles qui ont prévalu pour les Comores ni pour le Vanuatu ?

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